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Barcelonnette, cette petite ville à l'atmosphère
déjà toute méridionale, est la Sous Préfecture
des Alpes de Haute Provence.
Parmi les personnalités qui y naquirent, citons J.A MANUEL
(1773-1817) député de la restauration et Paul REYNAUD
(1878-1966) éminent homme politique. Celui-ci, Président
du conseil en 1940, démissionna et fut remplacé par
le Maréchal Pétain. Plus tard interné sous
le gouvernement de Vichy, il fut déporté en Allemagne
de 1942 à 1945. Réélu député
après la libération, il fut Président de la
Commission des affaires Économiques du Conseil de l'Europe
où il se montra un ardent défenseur de l'Unité
Européenne.
Une
histoire mouvementée
A l'origine, Raymond Bérenger, Comte de
Barcelone et de Provence, avait fondé à cet endroit,
en 1231, une bastide qu'il avait baptisée Barcelone et qui
ne devint Barcelonnette que cinq siècles plus tard.
A partir de 1388, Barcelonnette appartient, ainsi que toute l'Ubaye,
à la maison de Savoie qui la conserva jusqu'en 1713. A cette
date le traité d'Utrecht l'attribua à la France en
échange une partie du Dauphiné qui passait à
la Savoie. Cet échange se fit grâce à l'instance
du Maréchal de Berwick auprès de Louis XIV. Cet homme
d'armes, après avoir combattu dans les Alpes, avait compris
tout l'intérêt stratégique de la vallée
de Barcelonnette. Dès qu'ils furent français, les
habitants de la vallée demandèrent à être
rattachés au Parlement de Provence.
Les « Barcelonnettes » ou
« Mexicains »
En 1821, les Frères Arnaud de Jausiers ferment
leur filature et décident d'aller tenter fortune au Mexique.
Ils fondent un magasin de tissus et nouveautés à Mexico.
A partir de 1830 ils sont suivis par d'autres habitants de la Vallée.
En 1893 on compte au Mexique plus d'une centaine de magasins de
tissus appartenant à des « Barcelonnettes ».
A la même époque des milliers de personnes vont s'installer
au Mexique. Un groupe de « Barcelonnettes
» achète la banque «Londres, Mexico, et Amérique
du Sud » qui avait le privilège de l'émission
des billets pour tout le Mexique.
Mettant tout d’abord à profit leur savoir-faire, ils
se font colporteurs, distribuant tissus et linge. Ils triment dur,
et, la solidarité entre bas Alpins aidant, ils ouvrent rapidement
des comptoirs. Profitant de l’intervention française
et de l’empire instauré au Mexique par
Napoléon III, la colonie barcelonnette se développe.
Les voici bientôt à la tête d’un colossal
empire. Il n’est pas de secteur qui échappe à
la mainmise de ces clans opiniâtres de Tron, d’Ollivier
ou autres Reynaud… Elle évince Anglais et Allemands
qui détenaient le commerce en gros mais surtout étend
son réseau de distribution dans tout le pays, grâce
à un astucieux système entretenu par l’afflux
incessant de main d’œuvre provenant de la vallée
de Barcelonnette.
Cet âge d'or prend fin avec la révolution mexicaine
et la guerre 14-18, qui mobilise de nombreux rapatriés. L'émigration
reprend dans les années 30 puis ralentit petit à petit.
De nombreux « Américains », comme on les appelle
ici, revinrent au pays et firent construire ces luxueuses villas
qui donnent un cachet si particulier à Barcelonnette.
Arrivée à Mexico, l'installation
(1840-1870)
C'est au coeur de la capitale de la jeune république
fédérative des états du Mexique
(1824), que choisissent de s'implanter les premiers commerces de
tissus, « cajones de ropa »,
alignés les uns sur les autres. Au nombre de 46 en 1846 (dont
20 magasins pour le seul district fédéral de Mexico),
ils représentent plus de 110 établissements 40 ans
plus tard, en 1886, implantés dans les principaux centres
urbains : à Puebla,
à Morélia, à
Guadalajara, à Durango,
à Tampico, etc.
Du commerce à l'industrie (1870-1910)
Sous la longue présidence de Porfirio Díaz
(1830-1915), les entrepreneurs barcelonnettes deviennent «
l'interlocuteur préférentiel du gouvernement mexicain
» (Jean Meyer), et prennent une part active à l'industrialisation
et à la modernisation du pays.
Toujours sous l’œil bienveillant de Porfirio
Díaz, vieux dictateur progressive et francophile, surgissent
du sol mexicain les plus grandes filatures du monde (Orizaba emploie
15000 ouvriers en 1910) et parmi les plus beaux magasins (Palacio
de Hierro, Ciudad de Londres…). En 1911, la colonie
détient 50% des investissements étrangers dans l’industrie
mexicaine.
Dessinés par des architectes français, de nouveaux
établissements copiés sur les modèles parisiens
du Bon Marché et de la Samaritaine adoptent tous «
une écriture on ne peut plus post-haussmannienne de dômes
et de grands combles cintrés dont la protubérance
accentue la majesté des volumes, silhouettés à
chaque carrefour » (François Loyer). Le maître
verrier nancéen Jacques Gruber signe les imposantes verrières
des grands magasins El Palacio de Hierro
(1891) et du Centro Mercantil (1896),
aujourd'hui transformé en grand Hôtel.
Soucieux de maîtriser aussi la production, les négociants
barcelonnettes fondent d'importantes compagnies industrielles à
la tête de nombreuses fabriques de la filature, tissage et
impression du coton, dont les plus importantes sont implantées
dans la vallée de Rio Balanco.
La banque attire les entrepreneurs barcelonnettes qui prennent d'importantes
participations dans toutes les banques du pays et détiennent
le monopole de l'émission de billets...
De la révolution à l'intégration
(1911-1950)
Cette étonnante réussite économique
ne saurait masquer la dure réalité quotidienne d'une
grande partie des émigrants, employés et ouvriers.
Les tout premiers mouvements de contestation éclatent en
janvier 1907, à l'intérieur de la fabrique de Rio
Blanco fondée par les barcelonnettes. Sept ans plus
tard, à l'aube du premier conflit mondial, les barcelonnettes
se mobilisent et se portent volontaires ? A leur côté
des mexicains aussi tomberont pour la France.
Les années post-révolution marquent une rupture et
modifient les règles alors favorables aux investisseurs étrangers
: lois sur la restriction de l'émigration, limitation du
personnel étranger etc. Une dernière vague d'émigrants
rejoint le Mexique dans les années 1950,
ils ne sont plus qu'une dizaine dans les années 1960. Les
barcelonnettes sont de plus en plus intégrés et les
retours définitifs dans la Vallée deviennent de plus
en plus rares.
Aujourd'hui, le nombre de descendants barcelonnettes implantés
au Mexique, estimé entre 20 000 et 50 000,
dépasse largement le nombre des habitants de la Vallée
: 7 500. Chaque année, de nombreux hollandais, américains
et mexicains, tous originaires de l'Ubaye, découvrent la
terre de leurs ancêtres,
Désormais, deux musées, consacrés à
l'histoire des entrepreneurs barcelonnettes, témoignent d'une
histoire commune à la Vallée à Barcelonnette
ouvert en 1988 et le récent Museo
Comunitario à Ciudad Mendoza,
inauguré en avril 2001.
Villas et tombeaux
Etalée sur un demi-siècle (1880-1930),
la construction des villas de Barcelonnette et Jausiers regroupe
une cinquantaine d'édifices qui ont favorisé la création
d'un nouvel urbanisme proche de celui des villes d'eau contemporaines
où, de la même façon, les parcs et jardins l'emportent
sur le bâti. Il en résulte un esprit et un mode de
villégiature qui vont caractériser l'émergence
de cette nouvelle architecture plus familière du littoral
Méditerranéen et des stations balnéaires de
la Côte Atlantique.
Les commanditaires sont tous des enfants du pays,
de retour après de longues années d'émigration
et qui ont tous brillamment réussi dans l'industrie textile
et le négoce. Ainsi, après avoir longtemps été
à la pointe du goût et de la modernité, ils
s'attachent à la construction d'une villa moderne où
ils passeront l'été avant de rejoindre le front de
mer dès les premiers frimas de l'hiver. Alexandre Reynaud,
père de Paul Reynaud, homme d'état français
(1878-1966), construit parmi les premiers une élégante
villa dont les proportions et la parfaite symétrie rappellent
celles des grandes demeures bourgeoises classiques du centre historique
de Barcelonnette.
Aujourd'hui transformée en musée
(musée de la Vallée), la villa « La Sapinière
» (1878-1880) conserve intacts ses riches parquets en marqueterie,
le salon-bibliothèque d'Alexandre Reynaud et son élégant
cabinet de ains entièrement décoré de faïences
qui date de 1910. De cette première génération,
datent encore la villa « le Verger » (Office National
des Forêts) et la villa « Mireio
» (Centre des Impôts). Seule la villa édifiée
par Emile Chabrand (1843-1893) se distingue par son langage pittoresque
associant pour la première fois la brique, le bois et les
produits céramiques.
Les riches années 1890-1910 instaurent de
nouvelles pratiques architecturales. Les villas deviennent ambitieuses,
les modèles se multiplient, les façades s'ornent et
surtout les toitures se compliquent, toujours plus haute. Des architectes
venus des principales métropoles dessinent d'imposantes «
villas châteaux» et puisent dans toutes les ressources
de l'éclectisme fin de siècle. L'accent est mis sur
l'effet de silhouette. Regroupées à l'est de Barcelonnette,
les villas de la seconde génération témoignent
de la diversité des formes architecturales et du vocabulaire
décoratif. Au castel néo-gothique succède un
palazzo florentin avec son ordonnance
de pilastres. La villa château développée autour
d'une aile en retour d'équerre et coiffée d'une poivrière-symbole
triomphe parmi les autres modèles. Agrémentée
d'une véranda métallique parfois enrichie de vitraux,
elle se distingue encore par sa toiture en ardoise d'Angers,
A Jausiers, d'imposantes constructions affichent
une écriture quasi balnéaire, sous la houlette d'un
architecte originaire de Lugano, dont le fleuron est le château
des Magnans inscrit depuis 1985 à l'Inventaire Supplémentaire
des Monuments Historiques.
L'entre deux guerres marque le déclin des constructions.
Les villas, moins nombreuses sont aussi plus modestes. Seule la
villa Bleue (1931) développe un projet ambitieux autour d'un
vaste hall central éclairé par un imposant vitrail
dont le thème iconographique résume à lui seul
l'aventure des « soyeux du Mexique ».
On y découvre les métiers à tisser, les usines
et le grand magasin de nouveautés qui appartient au commanditaire.On
recherche en vain toute référence stylistique à
l'architecture néocoloniale comme à l'architecture
vernaculaire mexicaine. Aucun emprunt à l'exotisme. Exemple,
l'architecture néo-mauresque largement présente sur
la Côte d'Azur est totalement absente des sites Ubayens au
climat plus rigoureux, l'unique référence au Mexique
réside dans l'appellation choisie de quelques villas : villa
Puebla, villa Morelia, la Tapatia.
On ne peut évoquer l'édification
des villas de Barcelonnette et Jausiers sans mentionner celle des
tombes monumentales construites dans ces mêmes années,
parfois en même temps que la villa. Tous les cimetières
de la Vallée (sans exception) témoignent de la richesse
du patrimoine funéraire Ubayen réunissant le savoir-faire
des tailleurs et marbriers italiens et la diversité des pierres
et marbres sculptés.
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JUMELAGE
AVEC VALLE DE BRAVO
Depuis Novembre 2004, la ville de Barcelonnette
(vallée de l’Ubaye) est jumelée avec le site
de Valle de Bravo situé
dans l’Etat de Mexico
à une centaine de km de Mexico. Valle
de Bravo est un site de villégiature implanté
à 2000 m d’altitude et comptant 28 000 habitants hors
saison touristique. C’est un choix qui a été
fait afin d’œuvrer pour faire vivre les liens historiques
et culturels qui les unissent depuis l’époque des premiers
émigrants barcelonnettes vers le Mexique.
Chaque année, a lieu à Barcelonnette les fêtes
latino-mexicaines pendant le mois d’août.
Vous pouvez consulter le site de l’Office du Tourisme : www.barcelonnette.com
à ce sujet,
(33) 04 92 81 04 71
En 2008, du 09 au 17 Août 08
Visite du Musée de la Vallée à Barcelonnette:
du lundi 1 janvier 2007 au mercredi 31 décembre 2008
Expositions & visites :
Gens de l'Ubaye, Gens du voyage. Installé depuis 1988 dans
une ancienne villa (la Sapinière), construite de retour du
Mexique par un Barcelonnette, le musée met
en scène des collections traditionnelles associant histoire,
archéologie, ethnographie locale et exotique, beaux-arts.
Si le thème de l’émigration au Mexique
(1850 – 1950), prête volontiers au rêve, l’évocation
de la vie en Ubaye à travers outils et objets de la vie quotidienne
autorise la découverte d’une société
rurale alpine du début du XXème siècle. Toute
l’année, accueil des groupes, uniquement sur rendez-vous
au 04 92 81 27 15. MUSEE DE LA VALLEE - 10 avenue de la Libération-
04400 Barcelonnette.
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