Campeche : capitale Page mise
à jour le 15.06.2008
Au début du XVIème siècle, "Can
Pech", qui était alors la capitale de la
province, fut aperçue par l'expédition commandée
par le conquistador espagnol Francisco
Hernández de Córdoba, qui la rebaptisa San Lázaro
le 22 mars 1517. Des années plus tard et après plusieurs
incursions dans la région, Francisco de Montejo El Mozo
fonda le 04 Octobre 1540, la ville de San Francisco de Campeche.
Comme c'était alors le seul port installé, Campeche
devint le point de départ de l'expansion coloniale espagnole
vers l'intérieur du Yucatán.
Après la conquête du territoire, la Villa de Campeche
devint - comme tant d'autres dans les Caraïbes - la cible
des attaques pirates. Ceux-ci prétendaient en effet, à
la fin du XVIème siècle, s'emparer des richesses
de ces terres récemment découvertes. La première
invasion de Campeche date de 1559, avant de devoir supporter les
assauts de Pie de Palo et Diego el Mulato, en juillet 1675. Après
la violente attaque du pirate Lorencillo, connue sous le nom de
bataille de Campeche (1685), les habitants de la ville firent
pression sur la Couronne espagnole pour construire un système
de défense efficace dans la ville, selon le tracé
typique de l'Espagne de l'époque : en damier.
Photo de droite : centre historique
de Campeche
La décision de fortifier la ville date du 03 janvier 1686,
et commença par la construction d'un polygone irrégulier
à huit côtés, avec un bastion à chaque
angle et quatre portes qui reliaient à l'extérieur.
Le chantier dura 18 ans. Les remparts renfermaient une superficie
de 80 ha. C'est plus tard, vers le milieu du XVIIème siècle,
que furent construits les forts de San José et San Miguel,
avec leurs batteries de renforts respectives. A cette époque,
la population maya était confinée à Campechuelo,
où fut édifié le couvent franciscain.
Au cours du XIXème siècle, Campeche fut impliquée
dans divers crises politiques et économiques, en raison
d'affrontements entre la Péninsule du Yucatán et
le gouvernement central du Mexique, mais aussi
à cause de rivalités entre Mérida
et Campeche. L'état ressentit également la répercussion
des tentatives séparatistes du Yucatán (1840-1846),
la Guerre Civile Yucatèque (1846-1847), et ce qu'on a appelé
la Guerre des Castes (1847-1854), qui affectèrent la stabilité
économique et sociale de toute la région.
Campeche devait finalement se séparer du gouvernement du
Yucatán en 1858, ce qui
fut ratifié par le pouvoir central du pays en 1863. Cependant,
sous l'empire de Maximilien, qui débuta un an plus tard,
le Campeche devait reperdre son autonomie. Au moment du triomphe
des forces républicaines (1867), la séparation de
l'Etat de Campeche, redevint officielle.
La fin du XIXème siècle marque le début de
l'époque du Porfiriat
au Mexique. Avec Porfirio
Díaz, dictateur qui occupa le pouvoir de 1887 à
1911, l'économie du Campeche demeura fondée sur
l'agriculture (maïs, riz et canne à sucre), l'élevage
pour le marché interne et l'exportation du bois de teinture,
le sel et les bois. A la même époque, l'Etat s'est
lancé dans l'aventure de l'exploitation du "chicle"
(du náhuatl tzictli), une activité qui connut un
grand essor au XXème siècle.
Outre cette importante activité économique, le Campeche
continuait au siècle dernier à produire de la résine
de sapotier, du bois de teinture et du sisal, et commença
l'exploitation pétrolière sur son territoire. La
découverte, dans l'arrière pays, du palo
de tinto, bois de Campeche dont on extrayait un colorant,
assura la prospérité économique de la colonie
dans les siècles qui suivirent. Campeche devint une des
cités les plus riches de la Nouvelle
Espagne.
Première partie
des prises de vues sur la ville de Campeche, le musée
de maquette de bateaux et les remparts. Deuxième
partie sur le site archéologique de Edzná
La ville de Campeche ne s'est pas contentée de conserver
son tracé original du XVIème siècle, elle
a su préserver jalousement l'architecture héritée
de l'époque coloniale. C'est pour cela que le 01er Décembre
1999, le Comité du Patrimoine Mondial des Nations Unies
pour l'Education, la Science et la Culture (UNESCO)
a déclaré la Ville Historique Fortifiée de
Campeche, Patrimoine Culturel de l'Humanité.
Les deux critères retenus pour cette inscription sur la
liste sont les suivants :
1. La ville portuaire de Campeche est un modèle d'urbanisme
d'une ville baroque coloniale, avec son plan réticulaire
et régulier. Son tracé urbain, modèle des
villes portuaires de l'époque de la vice-royauté,
reflète son rôle primordial de point d'union commerciale,
militaire et religieuse. Elle se caractérisait par un haut
niveau d'intégrité et d'homogénéité.
Plus de mille constructions d'une valeur historique ont survécu
et sont aujourd'hui le témoin de la superposition de l'espace
et du temps des différentes époques historiques
les plus importantes du Mexique depuis le XVIème siècle.
2. Le système de fortifications de Campeche est un exemple
remarquable de l'architecture militaire des XVII et XVIIIème
siècles, et faisait partie intégrante du système
de défense intégral mis en place par l'Espagne dans
les Caraïbes, pour se protéger des attaques pirates.
Unesco
Conscients de la responsabilité d'avoir une ville patrimoine
de tous, les habitants du Campeche veillent et protègent
sa richesse historique, par une importante réglementation,
mise en place par le gouvernement de l'Etat, la municipalité
et la société civile.
Ce qui à l'époque coloniale a servi à protéger
la ville de Campeche des corsaires, constitue aujourd'hui l'une
des richesses architectoniques les plus importantes de l'Etat.
Il s'agit d'un rempart en forme de polygone irrégulier,
dont subsistent actuellement six côtés, sept bastions
et deux portes d'accès, ainsi que deux forts d'appui construits
sur les hauteurs.
Photo de gauche : le Zócalo
de Campeche
Les 300 ans qui se sont écoulés depuis sa construction
n'ont pas occasionné de dégâts à la
plupart des fortifications. Deux seulement des portes d'accès
à la ville ont disparu, mais on conserve la Porte
de Mer, reconstruite vers le milieu du XXème siècle,
et la Porte de Terre, construite en 1732 (c'est
la seule des quatre portes originelles qui reste en place).
C'est à la Porte de Terre ("Puerta de Tierra")
près du bastion de San Juan, qu'a lieu à 20h, le
spectacle de Son et Lumière intitulé
"El Lugar del Sol" (le
Lieu du Soleil), et qui comprend des représentations d'anciennes
batailles pirates et divers documentaires sur l'histoire coloniale,
en cinq langues.
En plus des deux portes, les sept bastions encadrent toujours
le Centre Historique. Ces colosses de pierre ont différentes
fonctions.
Le Bastion de la Solitude(Baluarte
de la Soledad), par exemple, renferme le Musée
des Stèles Mayas, Calle 8 entre 55 & 57(ouv.
9h30-18h, mar-dim, $30) tandis que le Bastion
de San Carlos (Baluarte de San
Carlos) abrite le Musée graphique de la
ville, Calle 8 x 63(ouv. 9h-21h, mar-dim, $30)
qui renferme une exposition photographique de la ville de Campeche
jadis, ainsi que des maquettes descriptives de l'enceinte fortifiée.
Le Musée des stèles mayas présente une importante
collection de stèles et des fragments architectoniques
sculptés provenant de nombreux sites mayas. Dans
le bastion de Santiago, est aménagé
un jardin botanique "Xmuch-Haltún" (ouv.9h-16h,
$10), où l'on peut admirer plus de 150 espèces
de flore typique de la région; Il y pousse notamment le
fameux palo de tinte ou palo
de campeche. La visite du Bastion Santiago est une visite interactive
en cinq langues.
Le bastion de San Pedro renferme un musée
d'artisanat ouvert de 9h à 21H, tous les jours et c'est
gratuit !
Le bastion de San Francisco abrite la Bibliothèque
de l'INAH (Institut National d'Anthropologie et Histoire).
Photo de droite : un des forts de Campeche
Sur les collines qui entourent la ville se dressent encore les
deux forts San José el Alto et San Felipe. Le
premier est un Musée de maquettes de bateaux et
armes coloniales(ouv. 9h30-18h, mar-dim, $30),
d'où l'on peut observer un magnifique panorama de la ville
et de la mer. Le Musée raconte l'histoire du commerce de
la ville.
Le fort de San Miguel, pour sa part, conserve son fossé,
son pont-levis, sa tour de guet et ses canons. Il est à
visiter. Voir sur place le Musée Archéologique
Maya, (ouv. 9h30-18h, mar-dim, $35).
Il est dédié à la civilisation maya avec
de belles pièces de l'Etat de Campeche.
A l'intérieur de ce dernier, on peut admirer une importante
collection de pièces préhispaniques, en particulier
une série de magnifiques masques de jade découverts
dans la zone archéologique de Calakmul.
Que visiter dans la ville en dehors du circuit des remparts ?
Le Zócalo, place de l'Indépendance, avec ses vastes
parterres fleuris jonchés de bancs, occupe le centre géographique
de la cité. La Cathédrale franciscaine
de Campeche mérite une visite, plus par égard pour
son âge canonique que pour ses beautés. Commencée
en 1540 sur un site sacré précolombien, elle ne
fut achevée qu'en 1705. Elle abrita le culte catholique
bien avant que Mérida soit conquise et peut donc s'enorgueillir
d'être la plus vieille église conventionnelle du
Yucatán puisque même la chapelle San Isidoro de Chichén
Itzá est plus récente.
Photo de droite :Cathédrale
de Campeche
En face de la Cathédrale, on y trouve le Centre
Culturel, Casa # 6, résidence somptueuse du XVIIIème
siècle qui abrite quelques pièces meublées
comme autrefois (ouv. tlj, 9h-21h, entrée libre).
On y trouve également un stand d'information touristique
ouvert tlj de 9h à 21h.
A huit cents mètres au sud-est de la Cathédrale,
une autre église mérite un coup d'oeil : celle de
l'Eglise San Francisco. Elle passe pour avoir
été construite sur l'endroit même où
a été dite la première messe du Nouveau Monde.
Dans une abside, on peut voir encore les vénérables
fonts baptismaux toujours utilisés sur lesquels on tint,
en 1562, le petit-fils de Cortès : Jéronimo.
Près de la Porte de la Terre, le riant Parc Alameda
et ses environs offrent, par leur fraîcheur et leur éclat,
un contraste bienvenu avec certains quartiers pauvres et sales
de la ville.
En face des constructions anciennes, contrebalançant la
vieille ville, s'élève la ville moderne dont certains
bâtiments ont résolument des formes futuristes parfois
agressives. Sur la vaste esplanade qui longe le port moderne,
l'altier Palais des Gouverneurs (surnommé
le "Juke-box" par ses détracteurs) et l'ovale
aplati de la Chambre des députés
("la saucière volante") symbolisent ce renouveau
architectural. En fait, ces bâtiments sont très réussis
et s'intègrent bien dans les vastes perspectives du boulevard
Malecón, dont la fin est marquée, au sud, par l'Université
de Campeche, elle aussi ultramoderne.
Place du Patrimoine Mondial (Fontaines Musicales) : Inaugurée
le 01er décembre 2002, elle a une fontaine musicale interactive
qui permet d'unifier la hauteur des différents jets d'eau,
pour un spectacle de 20 minutes qui commence toutes les heures
de 18h à 22h.
Maisons
coloniales : derrière la Cathédrale (XVII-XIXème
siècles), la Mansion Carbajal, transformée
en bureau et magasin d'artisanat, est un excellent exemple des
riches demeures coloniales, avec son sol de marbre, ses colonnes
et arcs mozarabes. D'autres maisons coloniales peuvent être
visitées, telles la "Casa # 6",
aménagée en partie dans le style du XIXème
siècle, la Casa de Artesanias "Tukulna"
(calle 10, entre 59 et 61, ouv 9h-21h sauf dimanche),
édifiée au XVIIIème siècle, et la
Casa del Teniente del Rey (XVIIIème siècle).
Toutes conservent une structure similaire, composée d'une
cour centrale entourée d'arcades, sur laquelle s'ouvrent
les pièces de la maison. Au centre de la cour était
le puits. Une autre cour était réservée au
service.
Photo de gauche : une des maisons coloniales
avec vue sur la Cathédrale
Faîtes un tour au Marché municipal de Campeche
situé côté est de la Calle 53.
Les moins courageux peuvent utiliser le tramway
appelé "Tranvía" ou "Super
Guapo" pour parcourir le centre historique. Le premier
dure 45 mn avec un départ toutes les heures du Parque Principal
, à partir de 9H jusqu'à 21h, au tarif de $70. Le
deuxième est plus rapide. Départ du Zócalo,
toutes les 30 mn pour $35 (2 le matin et 2 l'après-midi).