Une fois établis sur place, les Espagnols
s'étaient adaptés au pays qui connut des siècles
de relative tranquillité. Les jeunes hommes étaient
ardents, ils faisaient l'amour plus souvent que la guerre et la
population des métis, plus nombreuse à chaque génération,
fit apparaître une nouvelle race qui s'impatientait du statut
social jadis imposé par les conquérants. A la fin
du XVIIIème siècle, le nombre de mécontents
s'accroissait. Les temps étaient venus, pour la Nouvelle-Espagne,
de céder la place au Mexique.
De l’Indépendance à la
Révolution Mexicaine
Hidalgo,
le Père de l’Indépendance
Les
premières étincelles de l’insurrection mexicaine
jaillirent d’abord à Valladolid
(aujourd’hui Morelia) en 1809, et l’année
suivante, à Querétaro,
où un petit groupe de créoles préparait un
soulèvement. Celui-ci, prévu pour la fin de 1810,
fut découvert prématurément à la merci
d’une dénonciation. Miguel Hidalgo, curé du
village de Dolores, qui
faisait partie du complot, sonna alors les cloches, le 16 septembre
à l’aube, pour appeler ses ouailles à la révolte.
Au cri de “Vive Notre-Dame de Guadalupe, Vive l’Indépendance”
et sous la bannière de la Vierge indienne, Indiens et paysans
se mettent en marche et s’emparent successivement de Celaya,
Guanajuato, Guadalajara
et Valladolid (Morelia).
Au bout d’un mois, Hidalgo se trouve à la tête
d’une armée de 80 000 hommes. Le soulèvement
s’étend rapidement, tandis qu’un ancien élève
de Hidalgo, le prêtre Morelos, soulève la région
d’Acapulco et l’Etat
actuel de Guerrero. Mais l’orientation prise par ces soulèvements
n’est pas du goût des créoles (Hidalgo supprime
l’esclavage et promet aux Indiens la restitution de leurs
terres et la suppression du tribut), qui, inquiets, rallient les
Espagnols. Le général Calleja reprend les villes
du nord, puis taille en pièces armée d’Hidalgo
au pont de Calderon. Trahi et livré aux Espagnols, le curé
est exécuté à Chihuahua
le 31 Juillet 1811.
Photo
de droite : portrait de Miguel Hidalgo
Morelos
Mieux organisées, les armées de Morelos se maintiennent
dans les montagnes de l'état
de Guerrero. Morelos se rend maître des régions
situées su sud du bassin de Mexico,
jusqu’à la côte du Pacifique et menace la capitale
au début de 1812.
Le 6 novembre 1813, après s’être emparé
du port d’Acapulco puis
de la ville d’Orizaba, le chef révolutionnaire convoque
à Chilpancingo le Congrès qui publie “l’acte
solennel de déclaration de l’lndépendance”.
En octobre 1814, le Congrès, réuni à Apatzingan,
vote, toujours sous le patronage de Morelos, la Constitution qui
institue la République mexicaine.
Mais le vice-roi Calleja contre- attaque. La campagne militaire,
dirigée par le général Iturbide, disperse les
troupes rebelles. Morelos fait prisonnier, est fusillé le
22 décembre 1815.
La révolte entre alors dans une période latente. Ce
n’est que dans les montagnes que se maintiennent ses noyaux,
dont celui de Guerrero était le plus important. Mais le rétablissement,
en Espagne, de la Constitution libérale de 1812 par Ferdinand
VII en 1820 inquiète l’aristocratie créole au
Mexique. Celle-ci, se voyant menacée, commence
à considérer l’indépendance comme un
moyen de conserver ses privilèges. Iturbide, envoyé
par le vice-roi contre Guerrero, s’allie avec ce dernier,
et ensemble ils établissent, au printemps 1821, les principes
du Plan d’Iguala (maintient de la religion catholique en tant
que religion d’Etat, fusion de toutes les races, indépendance
du Mexique sous une monarchie constitutionnelle).
O’Donoju, le dernier vice-roi d’Espagne au Mexique,
est contraint de négocier avec Iturbide (Traité d’Orizaba).
Les Espagnols se retirent, laissant face à face créoles,
métis et Indiens. Le Mexique, livré
à lui-même, devra affronter des problèmes dont
les solutions dépassent sa préparation.
Il en résulte que, pendant une longue période, le
pays sera gouverné de façon despotique.
Iturbideempereur
Intrigant et ambitieux, Iturbide, soutenu par les conservateurs,
se fait proclamer empereur le 1er juillet 1822. Son règne
ne durera pas un an.
En gouvernant de manière dictatoriale, il provoque le soulèvement
de l’armée qui le force à abdiquer le 19 mars
1823.
Les années qui suivent seront une succession de pronunciamientos
entre partisans libéraux et conservateurs, qui porteront
au pouvoir et renverseront tout aussitôt divers présidents.
Santa
Anna
Dans le renversement d’lturbide, un rôle remarquable
fut joué par Santa Anna, un jeune officier dont l’ambition
et la cupidité causeront de grandes pertes au Mexique
naissant.
Passé maître dans l’art de l’intrigue,
du complot et de la trahison, cet “acrobate de la politique”
s’empare du pouvoir en 1833. Sa politique de centralisation
à outrance provoque la révolte du Texas, dont la population,
en majorité d’origine anglo- saxonne, aspire à
l’indépendance. Santa Anna dirige personnellement les
opérations militaires contre les insurgés, mais vaincu,
il est fait prisonnier. Pour acheter sa liberté, il signe,
en 1836, un acte reconnaissant l’indépendance du Texas.
Le gouvernement mexicain le désavoua, mais ne put faire aucun
effort sérieux pour reprendre le territoire.
Le retour au pouvoir des conservateurs n’améliora guère
la situation dans le pays. Révoltes et mutineries se succèdent.
Ces troubles quasi permanents sont le prétexte d’une
intervention française en 1838. Pendant plusieurs semaines,
la flotte française bloque le port de Veracruz afin d’obtenir
le paiement de leurs indemnités pour les dommages subis.
Un des sinistrés étant un pâtissier dont la
boutique avait été pillée, les Mexicains baptisèrent
cette intervention “la Guerre des petits gâteaux”.
Santa Anna profita de cette occasion et prit une part active à
la défense de Veracruz,
où il perdit une jambe, emportée par un boulet français
; ce boulet lui rendit sa popularité, et la série
des pronunciamientos recommença... Réélu
à la présidence en 1841, il accumule gaspillages,
exigences, extravagances (il fit notamment enterrer en grande pompe
dans la Cathédrale
de Mexico sa jambe amputée en 1838).
Un an plus tard, un pronunciamiento
le chasse et le contraint à l’exil.
Guerre
avec les Etats-Unis
L’annexion du Texas par les Etats-Unis en 1845 entraîne
inévitablement un conflit entre les deux pays. En moins d’un
an, les troupes américaines du général Taylor
conquièrent les Etats du Nord-est. Les Mexicains tentent
vainement de résister à Los Angeles. Rappelé
par la garnison de Veracruz et nommé président grâce
aux libéraux, Santa Anna marche contre Taylor, mais il doit
se replier. En août 1846, les forces américaines parviennent
aux portes de Mexico.
Les Mexicains résistent bravement dans les faubourgs de la
capitale. Battus, il leur fallut signer la paix. En 1848, par le
Traité de Guadalupe Hidalgo, le Mexique
renonce au Texas et cède aux Etats-Unis la Californie et
la moitié du Nouveau Mexique (soit la moitié
de son territoire) contre 15 millions de dollars. Ravagé,
appauvri, le pays est aussi profondément divisé. Révoltes
et prononciamientos marquent les années
qui suivent. En 1863, élu de nouveau président, Santa
Anna revient à Mexico,
où il se déclare Dictateur perpétuel. Juan
Alvarez et lgnacio Comonfort, après de longues luttes, finirent
par le chasser définitivement du pays.
La
Réforme
Appuyé par une nouvelle génération de libéraux
soucieux de rénover la structure économique, sociale
et politique du pays, Ignacio Comonfort est proclamé président.
Il s’efforce de réconcilier tous les partis et de liquider
le passé colonial. Ce mouvement, qu’on appelle la Réforme,
était lié à un mouvement intellectuel inspiré
par la philosophie française.
Comonfort abolit les tribunaux religieux et militaires en 1856,
supprime la propriété collective en matière
de biens fonciers. Le clergé se voit contraint de vendre
ses terres, mais seuls les riches purent acquérir ces haciendas
et payer les taxes.
Quelques soulèvements populaires éclatèrent,
dirigés parfois par des catholiques fanatisés (comme
Miramon et Mejia). En 1857, une nouvelle Constitution est proclamée,
mais le général Zuloaga, partisan des conservateurs,
se fait nommer président et abroge les lois de Réforme,
ce qui provoque une nouvelle guerre civile. Après trois années
de violence, Benito Juárez
est élu président. Il laissa un profond impact sur
le futur du Mexique. Ses projets et ses visions
du futur ont porté leurs fruits pendant plusieurs décades.
Il décide la confiscation des biens du clergé, la
séparation de l’Eglise et de l’Etat et la suppression
des ordres religieux. Ruiné, l’Etat doit suspendre
le remboursement de sa dette extérieure. La France, l’Angleterre
et l’Espagne décident alors d’intervenir.
Un
autre Empire
Alors que l’Angleterre et l’Espagne se contentent finalement
d’un compromis, l’armée française, après
avoir débarqué à Veracruz, monte jusqu’à
Orizaba, puis jusqu’à Puebla
qu’elle tente de prendre d’assaut. Elle est repoussée
le 5 mai 1862. Cette victoire est célébrée,
à présent, chaque année au Mexique
comme le "Cinco de
Mayo". L’année suivante, grâce à
de nouveaux renforts, le général Forey s’empare
de Puebla, et finalement occupe Mexico. Mais déjà
Juárez organise la défense
dans le Nord.
En 1864, l’archiduc Maximilien, frère de l’empereur
d’Autriche, accepte le trône que lui proposent les conservateurs
mexicains, en accord avec Napoléon III qui, en échange,
promet de les soutenir militairement. Partout, les forces de l’Empire
sont repoussées par les guerillas
juaristes, appuyées par les nordistes américains.
Face aux critiques du Corps législatif, à Paris, Napoléon
doit finalement céder et retirer ses troupes. Avec sa petite
armée de partisans mexicains, Maximilien tentera de résister,
mais, encerclé à Querétaro
avec les généraux Mejia et Miramon, il doit se rendre.
Il est fusillé en 1867. C’est le triomphe de la Réforme.
Juárez meurt en 1872, après
avoir écrasé un soulèvement initié par
le général Porfirio Díaz,
mais les lois de la Réforme sont incorporées à
la Constitution en 1874.
L’Archiduc Maximilien d’Autriche, frère cadet
de l’empereur François-Joseph, et son épouse,
la princesse Charlotte Emilie, fille du roi des Belges, auraient
pu connaître la vie sans histoire des cadets de familles régnantes.
Le sort, en la personne de Napoléon III, en décida
autrement.
Le 24 mai 1864, le couple impérial débarqua à
Veracruz, sous la protection des troupes françaises. Mais,
aveuglés par le faste de leur mission, Maximilien et Charlotte
ne réalisèrent pas immédiatement qu’ils
entraient dans le processus aléatoire d’une guerre
de conquête.
Bien que libéral, Maximilien restait un Habsbourg. Pétri
d’étiquette et persuadé de ses dons politiques,
il se heurta à une réalité mexicaine dont il
ne saisit pas toute la complexité. Le malentendu ne fit que
s’aggraver au cours des années. Poussé par Bazaine,
il accepta de cautionner les violences contre les partisans de Benito
Juárez.
Lorsqu’elle prit conscience de la gravité de la situation,
renforcée par le retrait des troupes françaises, l’impératrice
Charlotte entreprit un voyage dans les capitales européennes
pour tenter, sans succès, d’obtenir un soutien militaire
et financier. Trahi par certains de ses proches, Maximilien fut
arrêté, condamné à mort par une cour
martiale et exécuté le 19 juin 1867. Charlotte sombra
alors dans la folie.
La
dictature de Porfirio Díaz
Ce vétéran des guerres de la Réforme
et de la lutte contre les Français aspire, lui aussi, à
la présidence. N’ayant pas réussi à renverser
Juárez, il s’attaque à son successeur, Lerdo
de Tejada, au moment où celui-ci annonce sa candidature à
une seconde présidence (1876). Au cri de “Suffrage
effectif sans réélection”, Díaz occupe
Mexico et se fait élire à
la présidence qu’il occupera de 1876 à 1880,
puis de 1884 à 1911. Son gouvernement sera une longue dictature
éclairée qui donnera au pays une période de
paix et une apparente prospérité. Un accord secret
avec l’Eglise met un terme aux lois anticléricales
les plus dures. L’Eglise devient ainsi l’un des soutiens
les plus puissants du gouvernement. Les groupes indiens (Yaquis
de la Sonora et Mayas du
Quintana Roo), qui résistaient au gouvernement central
et à la confiscation de leurs terres, sont impitoyablement
réprimés et soumis à l’esclavage.
A
partir des années 1890, Díaz appuya son gouvernement,
dans une certaine mesure, sur les ‘Cientificos’,
un groupe composé d’intellectuels et d’hommes
d’affaires qui se considéraient comme les adeptes d’Auguste
Comte. Ce groupe, dirigé par le ministre des Finances Jose
Yves Limantour (d’origine française), élabora
un programme de réformes de l’Etat conformément
aux nouvelles méthodes techniques. En 1894, pour la première
fois depuis l’indépendance, le budget est équilibré.
Le crédit du Mexique à l’extérieur
s’affermit rapidement et les capitaux étrangers affluent.
Le développement des banques et des chemins de fer (la plupart
des grandes lignes reliant Mexico aux frontières, aux côtes
et aux villes de l’intérieur datent de cette époque),
l’essor prodigieux de la production, l’incitation donnée
aux affaires par les Cientificos ont
facilité ce redressement brillant. Mais à quel prix
! Favorisés à coups de privilèges, de concessions
et d’avantages de toutes sortes, les capitaux étrangers
firent main basse sur la ville au détriment des intérêts
mexicains. En 1910, les trois quarts des mines et plus de la moitié
des gisements pétroliers se trouvent entre les mains des
grandes entreprises
étrangères, essentiellement nord-américaines.
Photo de gauche : portrait
de Porfirio Diaz
Les placements américains au Mexique
atteignent plus d’un milliard de dollars, dépassant
le capital total possédé par les Mexicains. Les colonies
étrangères vivent dans l’isolement, accumulant
des richesses qu’elles ne comptent nullement laisser dans
le pays. Dans le même temps, l’agriculture demeure totalement
négligée et abandonnée à la merci des
grands propriétaires qui concentrent les terres d’une
manière encore plus odieuse qu’à l’époque
coloniale. En 1910, sur la superficie totale des terres cultivables,
97 % étaient entre les mains d’une centaine de personnes.
Près de la moitié du Mexique appartenait
à moins de trois mille familles. Sur les 10 millions d’habitants
formant la population agricole, plus de 9 millions étaient
pratiquement sans terre. Les paysans réduits au péonage,
les Indiens abandonnés, les ouvriers mal payés, ce
fut là le résultat de la “prospérité”
obtenue pendant la dictature de Díaz. De nombreuses révoltes,
ainsi que des mouvements de grèves ouvrières, éclatèrent,
qui furent impitoyablement étouffées par l’armée
et la police rurale, composée en grande partie d’anciens
hors- la-loi.
De
la Révolution Mexicaine à l'Epoque Contemporaine
La
Révolution
Premier des
grands mouvements révolutionnaires du XXème siècle,
la Révolution mexicaine prit son essor en 1910 sur la frontière
des Etats-Unis, sous l’impulsion d’un jeune homme appartenant
à une famille riche et puissante du Nord, Francisco Madero,
qui s’était donné pour mission de faire régner
au Mexique la liberté et la démocratie.
Réfugié au Texas, il y publie, en octobre 1910, le
plan de San Luis Potosí,
qui appelle à la révolte. Des soulèvements
éclatent en novembre dans les Etats du Nord. Pancho Villa,
qui s’était taillé une solide réputation
en volant du bétail aux grands propriétaires de la
région, tient en échec les troupes fédérales.
La ville de Ciudad Juárez est prise et un armistice conclu
en mai 1911. Quelques jours plus tard, le 25 mai, Díaz donne
sa démission et le même jour s’embarque pour
l’Europe où il mourra à Paris en 1915.
Photo
de droite : la révolution mexicaine
(source :
présidence du Mexique)
Francisco Madero est élu président
en octobre 1911. Ce grand propriétaire terrien du Nord accéda
ainsi, presque sans combat, à la tête de l’Etat.
Démocrate convaincu, il ne disposa pas de l’autorité
nécessaire pour résoudre le problème crucial
de la redistribution des terres et se trouva vite dépassé
sur sa droite par les partisans d’un retour aux méthodes
du porfiriat, et sur sa gauche par la rébellion paysanne
symbolisée par les figures légendaires d’Emiliano
Zapata et de Pancho
Villa. Ce fut le début de la révolution. Pendant près
de vingt ans, la violence et l’anarchie allaient reprendre
leurs droits au Mexique.
Vidéo sur l'époque de la Révolution
en Amérique latine (commentaires en français)
SUPERBE VIDEO - Le Che Guevarra en milieu de vidéo
Profitant
d’une révolte de la garnison de Mexico,
le général Huerta, ministre de la Guerre,
assassine Madero et s’empare du pouvoir en 1913.
Il gouvernera en sanglant dictateur, assassinant les sénateurs
qui le critiquent, emprisonnant tous ceux dont il doute
de l’obéissance.
Carranza
Après l’assassinat de Madero, dont il était
devenu ministre, le gouverneur de l’Etat de Coahuila, Venustiano
Carranza refuse de reconnaître le nouveau président.
Avec quelques partisans, dont Obregon, dans la Sonora, et Pancho
Villa, il prendra la tête du Mouvement Constitutionnaliste.
Partout, la rébellion éclate, tandis que les colonnes
d’insurgés convergent sur la capitale.
Mais la confusion générale règne dans tout
le pays. Le 21 avril, les troupes des Etats-Unis occupent sans avertissement
préalable ni déclaration de guerre, la région
pétrolière de Veracruz.
Convaincu de sa défaite, Huerta prend la fuite. Le 15 août,
Obregon entre à Mexico avec une partie de son armée.
Quelques jours plus tard, Carranza, le chef de la Révolution,
arrive à son tour à Mexico pour s’y installer.
Mais les ambitions rivales provoquent des dissensions entre le nouveau
président, Villa et Zapata.
Chassé de Mexico par les partisans
de ces derniers, Carranza établit son gouvernement à
Veracruz où, forcé
par les circonstances, il publie, le 12 décembre 1914, un
décret promulguant la réforme agraire.
La Révolution constitutionnaliste se transformait ainsi en
Révolution sociale. Son couronnement fut l’élaboration
d’une nouvelle Constitution, toujours en vigueur de nos jours,
promulguée à Querétaro
le 5 février 1917.
Réélu président, Carranza n’eut pas le
temps de faire appliquer cette Constitution. Soutenu par les Américains
(dont les sociétés pétrolières étaient
menacées par la politique de Carranza) et secondé
par le général Calles, Obregon souleva les Sonoriens
qui occupèrent Mexico en 1920.
Carranza périt sous les balles (tout comme Zapata
en 1919 et Villa en 1923) :
Photo de gauche : assassinat de Zapata (1919)
Obregon
et Calles
La présidence d’Obregon (1920-1924) marqua une nouvelle
étape du gouvernement, où les objectifs de la Révolution
mexicaine furent en partie appliqués. Doté d’une
énergie brutale, Obregon sut établir un gouvernement
stable, le premier depuis le régime de Díaz. Ce fut
également Obregon qui mit en vigueur pour la première
fois plusieurs dispositions de la Constitution de 1917. Sa politique
et ses procédés présidentiels serviront de
base aux présidents qui lui succéderont. Pendant sa
période de présidence, la distribution des terres
commença à être appliquée à grande
échelle (971 milliers d’hectares furent répartis
entre les paysans), mais le gouvernement ne fit rien pour donner
à ces derniers les moyens de cultiver la terre.
L’autre mesure très importante qui permit à
Obregon de gouverner plus facilement fut son alliance avec la CROM
(Confédération régionale ouvrière mexicaine).
Subventionnée par l’Etat, cette organisation puissante
fournit un important soutien à l’activité gouvernementale.
Après avoir remis, le 1er décembre 1924, le pouvoir
au général Calles, son collaborateur le plus proche,
Obregon se retira dans sa propriété, dans l’Etat
de Sonora. Il revint à la
politique en voulant accéder, pour la deuxième fois,
à la présidence. Comme la Constitution prohibait la
réélection, il réussit à réformer
ce principe et fut réélu, mais peu de temps après,
le 17 juillet 1928, il fut assassiné au cours d’un
banquet dans un restaurant.
Succédant à Obregon en 1924, Plutarco Calles gouverna
officiellement jusqu’en 1928, puis, par personne interposée,
jusqu’en 1934.
Il augmenta les facultés de la présidence et consolida
les prérogatives du pouvoir exécutif. Son énergie
indomptable et sa confiance en lui-même lui permirent de dominer
le pays. La CROM, principale organisation syndicale, devint plus
forte que jamais.
Comme les partis politiques représentant les courants nationaux
n’existaient pas, il proclama l’établissement
d’un parti officiel, le Parti national révolutionnaire.
Et c’est par l’intermédiaire de ce PNR qu’il
continua à gouverner le pays après 1928, en faisant
désigner pour les élections présidentielles
les candidatures du PNR offertes aux hommes qui étaient disposés
à exécuter docilement sa politique (ce parti deviendra
plus tard le Parti révolutionnaire institutionnel - PRI -,
dont le rôle n'est plus prédominant au Mexique
depuis l'an 2000).
Lázaro
Cárdenas
La période présidentielle du général
Cárdenas (1934-1940) ouvrait l’ère de la réalisation
pacifique des objectifs posés par la Révolution.
La rupture entre Cárdenas et Calles se produisit en juin
1935 quand celui-ci condamna la protection que le gouvernement accordait
aux mouvements des grévistes.
Sous l’influence de cette rupture, une coalition ouvrière
fut immédiatement créée qui donna naissance,
en février 1936, à la Confédération
des Travailleurs du Mexique (CTM), sur laquelle
Cárdenas s’appuya pour se débarrasser de Calles
(celui-ci fut déporté aux Etats-Unis). Pour Lázaro
Cárdenas, l’arme de la rénovation politique
était le syndicalisme, dont la tâche, d’après
lui, consistait à former la conscience et la responsabilité
de la classe ouvrière pour la lier, de façon effective,
à la direction des affaires publiques. Sous son gouvernement,
la réforme agraire atteignit la mesure révolutionnaire.
Durant son mandat, il distribua 17 890 milliers d’hectares
aux paysans qu’il aida matériellement en réorganisant
le système des banques.
Une autre mesure prise par Cárdenas fut la promulgation de
“la Loi d’expropriation” le 23 novembre 1936,
qui accordait au président de larges pouvoirs afin d’exproprier
les biens privés “pour cause d’utilité
publique et bien-être de la nation”. Le 23 juin 1937,
Cárdenas ordonna l’expropriation des chemins de fer,
mais la démarche la plus importante concerna les compagnies
pétrolières britanniques et américaines ; afin
de rembourser celles-ci, des quêtes furent organisées
dans tout le pays.
Le Mexique, uni comme jamais il ne l’avait
été dans la défense de ses droits, vécut
des scènes émouvantes : les femmes qui n’avaient
pas d’argent apportèrent leurs anneaux, bagues et bracelets,
les paysans leurs porcs et leurs poules. Le pays se trouvait au
bord de la guerre contre les Etats-Unis, qui fut évitée
de justesse.
A la fin de son mandat, et bien que sollicité pour se représenter,
Cárdenas refusa d’être réélu, offrant
ainsi un bel exemple du respect des lois.
Les
successeurs
En 1940, lui succéda Manuel Avial Camacho (1940-1946), dont
la présidence marque, deux décennies après
la Révolution, la transition vers un gouvernement plus conservateur.
Il envoya les troupes mexicaines dans le Pacifique pendant la Seconde
Guerre Mondiale. Elle sera le déclencheur du développement
de son industrie lourde et légère.
Sous la présidence de son successeur, Miguel Aleman (1946-1952),
le Parti révolutionnaire national (PNR) est rebaptisé
Parti révolutionnaire institutionnel (PRI). Il poursuivit
l’industrialisation, développa le réseau routier,
créa l’UNAM,
Université
Nationale Automne du Mexique. Il permettra le développement
du tourisme, la modernisation de l’agriculture, le lancement
de grands travaux d’infrastructure tels que les stations hydroélectriques,
mena à bien des travaux d’irrigation. Il permettra
également l’ouverture de l’Université
aux classes moyennes.
Le président suivant, Adolfo Ruiz Cortines (1952-1958) accorde
le droit de vote aux femmes dès l’année 1953.
Il procède à la dévaluation du peso pour obtenir
la parité du dollar.
Adolfo Lopez Mateos (1958-1964) redistribua 120 000 km2 de terres
aux petits exploitants et créa un système d’assistance
médicale et sociale.
Le Président conservateur Gustavo Diaz Ordaz (1964-1970)
privilégia le monde des affaires. Essor important dans les
domaines du tourisme et de l’éducation. Croissance
annuelle de 6% à cette époque.
Un
parti-Etat : le P.R.I. "parti révolutionnaire institutionnel"
Au terme de la Révolution mexicaine et de son million de
morts (1910-1920), la Constitution mexicaine institue le mono-partisme.
Le Parti Révolutionnaire Institutionnel “gouverne”
seul le pays depuis 70 ans. Parti-Etat, le PRI
a progressivement intégré toutes les familles sociales
du pays, des syndicats paysans aux organisations ouvrières.
Tout le corps social est fondu en une infinité de clans qui
forme le parti-Etat qui gouverne sans partage l’activité
humaine et les 31 Etats de cette fédération et de
son District Fédéral, où se tient la capitale,
Mexico. L’opposition, depuis des lustres, est une fiction
à peine tolérée. Cependant, depuis 1987, sous
l’action de l’ex gouverneur du Michoacán,
Cuauhtémoc Cardenas, fils du “De Gaulle” Mexicain,
Lázaro Cárdenas, un courant démocratique regroupant
partis de gauche et d’extrême-gauche, ou démocrates
dissidents du PRI, s’est fondu en parti. Cette formation qui
présentait M. Cárdenas aux élections de 1988,
fut à deux doigts de rompre le pouvoir incontesté
du PRI en battant
son candidat Salinas de Gortari. Selon de nombreux observateurs,
il semble bien que la manipulation électorale et la fraude
aient fait pencher le fléau de la balance du côté
du candidat du Parti-Etat. Le taux d’abstentions aux élections
est de près de 50 % dans ce pays. Les rumeurs de fraudes
électorales ont terni l’image d’un parti, qui
a perdu sa représentativité face au parti montant
« le parti d’action nationale » le PAN,
parti de droite dont le candidat V.Fox
a remporté les élections de 2000 ainsi que son successeur,
le Président Calderón
élu en Juillet 2006. Leurs élections mettent fin à
plus de 70 ans de
« politique révolutionnaire » et témoignent
de la lassitude de la population face à la corruption et
à l’impunité du PRI.
Pour résoudre la crise, le gouvernement changea radicalement
de politique :
Bientôt le pays ouvre ses frontières
aux investissements étrangers. Son économie réintègre
le GATT (accord général sur les tarifs douaniers et
le commerce devenu depuis l’organisation mondiale du Commerce
–OMC-), s’assouplit et progressivement l’Etat
choisit la mixité de l’appareil productif : à
côté d’un secteur nationalisé “fermé”,
un secteur industriel “ouvert” aux investissements privés
et étrangers. En 1988, le nouveau Président élu
du Mexique, Carlos Salinas de Gortari (1988-1994)
va entreprendre un grand plan de développement du pays qui
devra s’appuyer sur la modernisation politique du système
mais pour cela il faut “négocier” la dette extérieure.
Son programme est basé sur les initiatives privées
et sur le libre-échange. En juillet 1989, le Mexique
obtient un “effacement” de 54 milliards de dollars de
sa dette, soit 35 % de ce que “devait” le pays au système
bancaire mondial.
Si cette “réduction” apporte de l’oxygène
au pays asphyxié, c’est la première fois qu’un
accord reconnaît publiquement que la dette ne sera jamais
remboursée en totalité, sans pour autant que le pays
débiteur soit déclaré insolvable et empêché
de recevoir de nouveaux crédits. Le FMI (fond monétaire
international) et les Etats Unis sauvent le Mexique
de la banqueroute. Le point culminant de la présidence de
Carlos Salinas de Gortari sera l’accord de libre-échange
nord-américain (ALENA)
entré en vigueur le 01er Janvier 1994.
A son arrivée au pouvoir, le nouveau Président Ernesto
Zedillo (1994-2000), issu du PRI doit dévaluer le
peso. Celui ci perd la moitié de sa valeur. Des milliers
de mexicains se retrouvent endettés. De nombreuses PME doivent
fermer leurs portes, le chômage est à la hausse, les
prix de biens de consommation augmentent de plus de 50%. En conséquence,
hausse spectaculaire de la criminalité, méfiance croissante
à l’égard du PRI, émigration massive
vers les USA (estimation à plus de 2,5 millions de mexicains).
La politique de rigueur du Président Ernesto Zedillo a permis
de sortir progressivement de la récession. L’Etat s’est
engagé dans une nouvelle politique économique : privatisations,
déréglementation et ouverture de son commerce extérieur
aux investisseurs étrangers, modernisation de son agriculture,
réforme du système de sécurité sociale,
accroissement de sa production industrielle. A la fin de son mandat
en 2000, le pouvoir d’achat national avait presque repris
son niveau de 1994.
ALENA : accord de libre échange mis en application
au 01 Janvier 1994 entre les Etats-Unis, le Canada et le Mexique
sur un vaste marché de plus de 440 millions d’habitants
avec une mise en place prévue sur 15 ans : suppression progressive
des barrières douanières et des limitations sur les
échanges commerciaux et les investissements.