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La société mexicaine
 Page mise à jour le 23.12.2012
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La population mexicaine

Historiquement parlant, les Mexicains sont une race neuve. Les Conquistadors, leurs ancêtres paternels, les engendrèrent de moitié avec les indigènes de race indienne qui peuplaient cette partie du monde depuis plusieurs milliers d'années : Aztèques, Mayas, Tlaxcalans et autres. Comme leur nom l'indique, les conquérants avaient tendance à s'emparer de ce qu'ils désiraient sans considérer les droits du premier occupant, ni les souhaits des intéressés ; si bien que leurs enfants, en grandissant, nourrirent souvent envers eux le même degré d'affection que les mères — c'est-à-dire le degré zéro. Les Mexicains inventèrent d'ailleurs un nom pour les découvreurs de la Nouvelle Espagne, comme on appelait le Mexique au temps de la colonisation. Ce nom, gachupín, venait d'un mot aztèque signifiant « l'homme-qui-porte-des-chaussures-avec-des-épines-qui-en-sortent » ; les Aztèques, n'ayant jamais vu d'éperons (ni de chevaux) avant l'arrivée des Espagnols, n'avaient pas de terme pour les désigner. Par la suite, le cri de guerre « Muerte a los gachupines ! » (Mort aux gachupines !) rallia régulièrement leurs descendants lors des sanglantes luttes menées par les Mexicains pour s'affranchir du joug espagnol.
Los gachupines, en retour, regardaient comme du bétail leurs rejetons de sang mêlé, fiers au dernier point du pur sang castillan qui coulait dans leurs veines et qui, assurément n'était pas plus pur qu'un autre sang d'Europe, passé, présent ou à venir. Les humiliations répétées, incessantes, qui découlaient de ces relations de supérieur à inférieur, l'institution du péonage, et son renforcement dans tout le pays par les grands propriétaires fonciers espagnols, mille autres circonstances rappelant aux Mexicains que sur leur propre sol, ils n'étaient qu'un degré au-dessus des esclaves indiens, écrasaient tout l'orgueil de race qu'ils pouvaient avoir entretenu.
Mais le même Mexicain, quand il parvenait à se tirer hors du bourbier de la misère et de l'ignorance où tant d'autres métis croupissaient pour toujours, se targuait tout le premier de la pureté castillane de ses ancêtres, en mettant sur le compte du soleil des tropiques la sombre couleur de sa peau. Il n'allait pas jusqu'à se prétendre gachupín : pour en être un il fallait, par définition, être né en Espagne. Il dut se contenter de devenir criollo, un créole, c'est-à-dire un individu de « pure » race espagnole, natif de la Nouvelle Espagne, dignité du haut de laquelle il lui était alors loisible, à son tour, de mépriser la race inférieure des sang-mêlé, ou mestizos (métis), et à plus forte raison les Indiens dont il était le descendant.
portrait du mexicain avec son sombrero Tout cela a évidemment bien changé. Non qu'il n'y ait plus de différences de caste, au Mexique ; le gachupinismo existe toujours, mais il n'a plus le même caractère, il se manifeste par l'orgueil du nom, de la famille, de l'héritage. Chacun, un peu, porte en lui cette tendance, cela semble normal et raisonnable. Mais les valeurs auxquelles les Mexicains attachent du prix, celles qui font leur orgueil sont des valeurs mexicaines enracinées dans le sol natal et ne sont plus importées d'Espagne.
Parlez à un Mexicain de son sang " puro castellano", et vous l'entendrez riposter sur la pureté de votre sang à vous. Avec les générations, d'ailleurs, d'autres sangs d'Europe, d'Afrique ou d'Asie se sont mis à couler dans ses veines. Le résultat, c'est le « puro mexicano », une race aussi pure qu'une autre — qui n'englobe pas les quelques millions d'Indiens vivant dans les territoires du sud et du sud-est de la république mexicaine. La forêt est si dense, dans ces confins, qu'une jeune indienne d'il y a quatre siècles et demi pouvait y échapper aux entreprises des soi-disant conquistadors. Aussi ces indigènes ne se considèrent-ils pas comme des « mexicanos », au sens national du terme. Ils restent Chamulas, Zoques, Huaves, Totonaques, Huastecas. Ils parlent leur langue, s'occupent de leurs affaires, se marient entre eux et ne se frottent guère aux autres Mexicains. Le Mexique est fier de ses Indiens et de leur apport culturel mais ne les soutient pas d’où la révolution des Zapatistes en 1994.


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A certaines façons de s'exprimer, vous pourriez croire quelquefois le Mexicain bien prompt à renier sa nationalité ; en réalité, c'est qu'il traduit autrement son sentiment d'appartenance nationale. Si vous demandez :
« Etes-vous Mexicain ? » à un citoyen de Veracruz, il répondra neuf fois sur dix : « Non, je suis jarocho » ; et si vous semblez dérouté par cet idiotisme, il vous expliquera qu'il est veracruzano. De même, un Mexicain natif de Guadalajara se dira tapatios, ou quelquefois jalicense — de l'Etat de Jalisco. Un natif de Jalapa sera un jalapeño, sa femme une jalapeña, et ainsi de suite. En fait, si les gens du pays font toutes ces distinctions, c'est parce que l'adjectif mexicano permet une confusion entre l'habitant de la ville de Mexico (que l'on écrit Mexico D.F, pour distrito federal), et celui du Mexique. Les habitants de l’Etat de Mexico dont la capitale est Toluca sont des mexiquenses, ceux de Mexico D.F. sont des defeños, les chilangos étant des habitants de la capitale mais venant d'un autre état de la République.

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Le Mexicain tel qu'il se comporte

C'est un homme qui n'est pas pressé de frayer avec le premier étranger qui se présente, à plus forte raison de l'introduire dans son intérieur domestique. Même quand il s'est lié d'amitié au point de tutoyer son interlocuteur, même quand il sort avec l'étranger, boit avec lui, dîne avec lui, cela ne signifie encore pas qu'il lui ait présenté sa femme, ni qu'il l'ait autorisé à franchir le seuil de sa maison. Les invitations à dîner chez soi ne font tout simplement pas partie des relations ordinaires. Hors de son foyer et de sa vie privée, qui sont choses sacrées à ne pas partager, le Mexicain se montrera le meilleur compagnon du monde; courtois, généreux, et fier de faire les honneurs de son pays. Ce comportement est en train d’évoluer et la tendance est moins stricte quant à la séparation entre la famille et les amis.
Quoi qu'il en soit, envers le touriste étranger comme envers ses amis et compatriotes, l'attitude moyenne du Mexicain est empreinte d'une grande probité, car étant lui-même d'un naturel sans complications, il lui est plus simple d'être franc et honnête que retors et dissimulé. Il faut que la faim le pousse pour qu'il se laisse aller au chapardage. Autrement, c'est un homme qui travaille dur pour rapporter le pain quotidien à sa nombreuse nichée.
Rien de plus faux, en effet, que l'image stéréotypée du peón mexicain paresseusement assoupi au soleil devant sa mauvaise cabane, le sombrero sur les yeux. Rien de plus éloigné de la réalité. L'ouvrier, le paysan du Mexique trime tant qu'il peut du matin au soir. Bien obligé, pour survivre. Le salaire moyen, bien que plus élevé qu’il ne l’ait jamais été, et grimpant allègrement d'année en année, fait encore piètre figure à côté des nôtres. En vérité, le peuple mexicain est l'un des plus durs à la peine qu'on puisse trouver dans le monde.

L'heure de la sieste

Ce qui ne l'empêche pas de sacrifier tous les jours au rite sacro-saint de la siesta, tout de suite après le repas de midi. Une habitude que vous aurez tôt fait d'adopter à votre tour, quand vous aurez constaté que la grande majorité des bureaux et des magasins ferment pour quelques heures, entre une et trois heures de l'après-midi. Il faut dire que pour le gros des travailleurs, le réveil, la cloche ou la sirène de l'usine ont sonné à cinq heures et demie du matin (hiver comme été), la journée de travail, dans les villes, ne se terminant pas avant sept heures du soir. A la campagne, on fait en général sauter la sieste pour profiter de la lumière du jour, et l'on est aux champs du lever au coucher du soleil. Horaire qui cadre mal, on le voit, avec l'image du peón béat, mais qui explique, en revanche, que le taux de croissance annuel du produit national brut soit, au Mexique, l'un des plus élevés du monde. Il y faut dépenser de la sueur, dans un pays plus riche en main-d'œuvre qu'en investissements, et qui a moins de terres arables qu'il ne devrait en cultiver pour nourrir sa population.
Dans la capitale, cependant, l'institution de la siesta n'est pratiquement plus respectée. Il y a trop de bruits, trop d'agitations dans la capitale. Magasins et bureaux n'en ferment pas moins au milieu du jour, mais les employés ne peuvent pas rentrer chez eux pour la comida à cause du trafic intense et de la taille de la capitale. Si vous avez des rendez-vous à prendre, placez-les en fin de matinée ou tard dans l'après-midi. Les fonctionnaires du gouvernement, les patrons, les professions libérales ne se lèvent pas aussi tôt le matin que les ouvriers des usines ou les paysans (paisanos) des campagnes ; ils arrivent rarement sur le lieu de leurs occupations avant dix heures du matin, et l'après-midi, ils ne se pressent pas d'y retourner sitôt qu'un subalterne a rouvert les portes.

Politesse mexicaine

Le Mexicain moyen a tellement à cœur de paraître attentionné, il est si soucieux d'aider le visiteur étranger à ne pas se sentir abandonné qu'il vous donnera ce qu'il pense que vous avez envie d'entendre, c'est-à-dire une réponse, sans s'occuper de la véracité de son renseignement. Ce n'est pas, chez lui, malin plaisir de vous tromper, mais pure gentillesse. Il s'arrêtera toujours pour vous indiquer poliment votre chemin, même s'il ne sait pas lui-même de quel côté se trouve la destination ou le lieu que vous avez demandé. Vous dire qu'il l'ignore lui semblerait grossier. Il préfère dans tous les cas vous montrer n'importe quelle direction, sur quoi il reçoit vos remerciements, et les accepte, avec la distinction du parfait gentleman qu'il est, foncièrement.
De même, sachez apprécier la gentillesse des plombiers, des électriciens, des serruriers, du réparateur que l'on appelle à l'aide pour une fuite quelque part. Vous aimeriez le voir à l'action mañana, dès huit heures ? Si, señor, con todo gusto, mañana por la mañana a las ocho. Il pense ce qu'il dit, le brave homme. L'ennui, c'est que ce mañana n'a pas le même sens pour lui et pour vous. Dans votre idée, il s'agit de demain, n'est-ce pas ? Le jour d'après aujourd'hui. Le prochain cycle solaire. Pour lui, cela signifie d'abord : pas ce soir ; plus tard que ce soir, demain, après-demain, la semaine prochaine, l'an prochain. Bien entendu, il a raison et vous avez tort. Il est chez lui, il est le maître des mots qu'il emploie. Tâchez d'en pénétrer le sens, si vous ne voulez pas devenir enragé.
Le conseil vaut pour les rendez-vous, les promesses, les invitations orales et les expressions toutes faites du genre « Ma maison est la vôtre ». C'est une pure politesse. Cela n'a pas plus de signification réelle que notre « Comment allez-vous ? », « ravi de vous rencontrer ». La plupart du temps, nous nous moquons de savoir comment va ce quidam, et nous serions bien ennuyés s'il s'arrêtait pour nous raconter sa vie. Quand un Mexicain vous dit que sa maison est la vôtre, tenez pour entendu qu'il ne vous y a pas invité.
Certains prétendent qu'il s'agit là d'un héritage de la chevalerie espagnole. Rien ne le prouve, bien au contraire. Des mœurs chevaleresques des conquérants, Indiens et mestizos ne connurent que le fouet, le fusil, le pillage et le bûcher. Les manières policées du Mexicain sont bien à lui, enracinées dans la même terre que lui, et si l'on allègue que cette politesse est de façade, et qu'il y a loin de la courtoisie à la cordialité, on aura raison, mais on en dirait autant pour tous les peuples de la terre.
cireurs de chaussuresSi l'on prend cette politesse pour ce qu'elle est, on n'aura rien à reprocher au Mexicain qui donne rendez-vous à son bureau pour cinq heures précises, ni à celui qui promet telle livraison pour midi con seguridad, ni à celui qui vous dit le maître de sa demeure. Rien de tout cela ne doit être pris à la lettre ; le touriste français, grand consommateur chez lui de la locution « en principe », qui lui permet de promettre sans être obligé de tenir, n'a qu'à l'appliquer « in petto » à tous les discours de ses interlocuteurs mexicains.

Photo de gauche : cireurs de chaussures

De ses ancêtres indiens, autant que des fiers hidalgos qui lui donnèrent de leur sang, le Mexicain a hérité un air de dignité qui frappe encore davantage quand elle se manifeste dans le moins digne des décors, dans ces faubourgs pouilleux où affluent les pauvres gens des campagnes, attirés en ville par les promesses de l'expansion industrielle. Impressionnante, aussi, la dignité des femmes ; l'homme, ivre-mort, ronfle sur le bord du chemin, veillé par sa compagne. Elle est accroupie près de lui, un marmot sur les bras, la plupart du temps, qu'elle berce en chassant les mouches du visage suant de son mari. Avec toute la patience du monde, elle attend qu'il revienne à lui pour le traîner chez eux ; avec son bébé et son barda. Les campesinos se saoulent surtout le samedi soir, à l'occasion d'une grande sortie en ville. C'est pour eux la seule manière d'échapper un moment à la sombre réalité d'une existence ingrate ; tant que vous n'aurez pas gardé un troupeau de chèvres puantes de l'aurore à la nuit sept jours sur sept et deux mois de suite, amigo, vous ne pourrez savoir ce que c'est que l'aridité de cette existence. Mais ce n'est pas souvent qu'un homme oublie ainsi ses responsabilités envers sa famille, ses chèvres et le monde ; le reste du temps, il peut vous regarder d'un œil fier.
Même les mendiants ont leur dignité, au Mexique, au moins pour la plupart. Ils ne geignent pas, ils ne pleurnichent pas, et ceux qui le font ne sont pas vraiment des mendiants, mais des professionnels de l'exploitation des touristes. L'authentique mendiant mexicain sait que vous savez qu'il apprécierait une pièce. Quand vous la donnez, il répond « gracias ». Pas un mot de plus. Ou alors il ajoute : « Dios le pagara ». Dieu vous le rendra. Ce qui ressemble tellement à une bénédiction que vous vous croyez obligé de répondre : « Merci ».

 

La politique du mâle

sombreros du MexiqueL'étude du comportement du mâle, au Mexique, commence par le maniement du mot macho, que vous aurez souvent l'occasion d'entendre. Un mot qui ne signifie rien de plus, au départ, que viril, sexuellement vigoureux, puissant au sens où on l'entend pour le bélier ou le taureau. Un homme qui a engendré des enfants est macho. Mais un homme sans enfant peut être tout aussi macho que le paterfamilias, car le concept de machismo n'est pas restreint à la seule capacité reproductive. Le terme de macho implique — en plus de la virilité — toutes les qualités du mâle : le courage, la confiance en soi, la force de se soutenir seul contre tous, l'amour-propre, avec une pointe de forfanterie pour compléter le portrait. Le machismo en action, vous pourrez le voir à toute heure du jour sur le Paseo de la Reforma, à Mexico, quand deux chauffeurs de taxi s'amusent à se dépasser dans le flot roulant du trafic. Ni l'un ni l'autre n'ont rien à gagner dans la lutte, et cette course-poursuite a de quoi faire dresser les cheveux aux malheureux gringos qui se trouvent à bord des deux voitures. Mais machismo oblige : c'est à celui qui prendra le plus de risques au péril de sa vie, sans parler de celle des passagers et des piétons innocents, et le vainqueur pavoisera, même s'il lui en coûte une aile ou un pare-choc.

     Photo de droite : sombreros du Mexique

Le machismo se manifeste par d'autres voies moins physiquement dangereuses. Pour un Mexicain invité à dîner au restaurant, il est macho de vous enlever l'addition des mains, même s'il sait qu'elle est au-dessus de ses moyens. S'il réussit son coup, il a fait preuve de machismo. Démonstration non pas voulue et préparée, mais parfaitement spontanée : simple réflexe du Mexicain qui ne peut s'empêcher de se prouver qu'il est un homme.


Le Mexicain et la politique

Bien que le Mexique ait vaillamment lutté pour mériter le titre de démocratie, il n'en reste pas moins la démocratie d'un parti unique jusqu’à la fin des années 1980.
Le Parti Révolutionnaire Institutionnel “gouvernait » seul le pays pendant 70 ans. Parti-Etat, le PRI a progressivement intégré toutes les familles sociales du pays, des syndicats paysans aux organisations ouvrières. Tout le corps social est fondu en une infinité de clans qui forme le parti-Etat qui gouverne sans partage l’activité humaine et les 31 Etats de cette fédération et de son District Fédéral, où se tient la capitale, Mexico. L’opposition, depuis des lustres, est une fiction à peine tolérée.
Cependant, depuis 1987, sous l’action de l’ex gouverneur du Michoacán, Cuauhtémoc Cárdenas, fils du “De Gaulle” Mexicain, Lázaro Cárdenas, un courant démocratique regroupant partis de gauche et d’extrême-gauche, ou démocrates dissidents du PRI, s’est fondu en parti. Cette formation qui présentait M. Cárdenas aux élections de 1988, fut à deux doigts de rompre le pouvoir incontesté du PRI en battant son candidat Salinas de Gortari. Les rumeurs de fraudes électorales ont terni l’image d’un parti, qui a perdu sa représentativité face au parti montant « le parti d’action nationale » le PAN, parti de droite dont le candidat V. Fox a remporté les élections de 2000. Son élection met fin à plus de 70 ans de « politique révolutionnaire » et témoigne de la lassitude de la population face à la corruption et à l’impunité du PRI. Cette tendance s’est accrue aux dernières élections de Juillet 2006 puisque le PAN a été réélu au pouvoir, le PRI se trouvant pour la première fois en troisième position après le PRD.
Toujours aux termes de la Constitution, aucun des membres du gouvernement, depuis le président de la République jusqu'au plus petit personnage public ne peut rester en fonctions au-delà des six années que représente le mandat présidentiel. Mais le P.R.I. détient le pouvoir depuis si longtemps, il est si solidement appuyé, et si continûment, par les syndicats mexicains et autres bataillons électoraux que le détenteur de la magistrature suprême peut sans difficulté céder la place à son successeur en même temps que son programme politique et social, de manière à ce que la ligne du gouvernement ne soit jamais remise en cause. Et sans doute, cette continuité ne nuit-elle pas à la prospérité du pays, ou plus exactement à sa marche vers un avenir prometteur.

Qu'est-ce qu'un « gringo » ?

Le moment nous semble venu de préciser la signification de ce terme, qui tient une place particulière dans le vocabulaire mexicain. Terme intraduisible, naturellement. Le gringo était autrefois, pour les Mexicains, un peu ce qu'était le yankee, l'Américain du Nord, pour les Américains du Sud après la guerre de Sécession. Mais de nos jours, c'est tout simplement une façon commode de désigner les gens vivant au nord du Rio Grande — qui, soit dit en passant, s'appelle Rio Bravo sur les cartes mexicaines. Le terme a donc perdu son sens fort, son sens de provocation. N'empêche que les Mexicains de la vieille génération ne l'utilisent pas lorsque des oreilles gringo pourraient l'entendre et, dans leur idée, s'en offenser. Ils n'ont pas oublié ce que gringo voulait dire, et leur native courtoisie les retient au bord de l'éventuelle injure. Chez les mexicanos de la jeune génération, comme d'ailleurs chez les nombreux gringos vivant au Mexique, le mot est d'usage constant et parfaitement inoffensif.
A l'intérieur d'une même couche sociale, gringo et gringa, le genre féminin, sonnent avec la même nuance de cordiale amitié que chez nous le « mon vieux » dont on use entre familiers. A l'origine, du reste, le terme n'avait rien que de rationnel et que d'honorable, puisqu'il dérive du griego espagnol qui signifie « grec ».
Au fur et à mesure que sur le plan social et économique, les classes moyennes se rapprochent du niveau de vie moyen des nord-américains, les Américains jouissent au Mexique d'une considération croissante. On commence même à plaindre ses grands voisins qui ont tant de soucis chez eux avec le racisme, la misère, la drogue, l'alcool, la pollution et la révolte de leur jeunesse.
Ce sont des maux et des problèmes qui ne sont pas absents du paysage social mexicain, mais l'on pense ici, non sans optimisme, que leur solution va de soi dans une économie en expansion, encadrée par une politique éclairée. Le gouvernement, estime-t-on dans l'ensemble, travaille maintenant pour le peuple. Le grand public tire beaucoup d'orgueil de la stabilité du peso dans le monde, certes basé sur le dollar américain. Il y voit, de la part du marché mondial, un signe de confiance dans l'économie du Mexique.
On trouve également d’autres définitions du « gringo » : à l’époque de la guerre entre le Mexique et les Etats Unis de 1846-1848, en référence à l’uniforme vert des soldats américains, on utilisait le terme « green go home ! » ; à la même époque, cette appellation fait référence à une chanson de l’armée américaine : « Green grow the rushes, O ».

Comprenez-vous les uns les autres

Ne serait-ce que pour la facilité du séjour, il est toujours bon de connaître la langue du pays que l'on visite. On en tire sur d'autres plans de tels avantages, à commencer par une meilleure compréhension des mœurs et des coutumes, que l'effort consacré à quelques leçons ne nous semble pas inutile. Quand on pense qu'il y a des étrangers qui vivent au Mexique depuis des années, et qui ne savent pas encore comment nommer le garçon qui les sert au restaurant, on se dit qu'ils méritent bien d'être appelés gringos au sens le plus fort du terme !
Ainsi des nombreux autres gringos de passage qui ne fréquentent que les hôtels, les bars, les restaurants, les boîtes et autres établissements où ils n'entendent et ne parlent que leur langue à eux ; outre que dans de tels endroits, ils boivent et mangent comme ils le feraient chez eux, à des prix calculés pour la riche clientèle internationale, surtout américaine. Les meilleures conditions, en somme, pour ne rien connaître du Mexique ni des Mexicains, l'approche d'un pays et de ses habitants ne pouvant se faire qu'en se mêlant au courant de la vie quotidienne, autant que possible par le truchement de la langue locale. Et dans une optique plus sordidement réaliste, il n'est pas douteux que le touriste parlant l'espagnol, et donc capable de comparer et de discuter le prix des choses réalisera, de ce fait, de non négligeables économies.

L'hispano-mexicain

Parlant l'espagnol, avons-nous écrit. Le terme n'est pas tout à fait juste. S'agissant de la langue de ce pays, mieux vaudrait dire le « mexicain ». L'espagnol du Mexique, en effet, n'est pas identique à l'espagnol de la Péninsule ibérique. Un peu comme le français canadien par rapport au français de l'hexagone. Le vocabulaire, le sens et l'utilisation des mots, la prononciation ne sont pas les mêmes.
Quelques notions des lois en vigueur au Mexique seraient également de quelque profit pour le gringo visitant le pays, bien qu'il soit généralement fort peu disposé à prendre cette peine autrement que par nécessité absolue, c'est-à-dire de la façon la moins plaisante. L'hôte d'un hôtel mexicain sera souvent choqué, troublé, désagréablement surpris de constater qu'il est du même coup l'hôte de la policía mexicaine, sans très bien comprendre comment ni pourquoi la chose s'est produite.
déguisement pendant la fête des morts En fait, le visiteur français sera le moins dépaysé de tous puisque le système que les Mexicains ont hérité des Espagnols au temps de la colonisation est basé sur le Code Napoléon, lequel vous décrète coupable tant que vous n'avez pas prouvé votre innocence, contrairement aux dispositions des législations anglo-saxonnes.
Ce qu'il faut en tout cas garder à l'esprit concernant les lois mexicaines, quand on conduit sa propre voiture ou une voiture de location, c'est qu'une assurance aux tiers, bien que nullement obligatoire, peut épargner au conducteur quelques heures moroses dans un poste de village rien moins qu'accueillant, pendant que le juge de la localité établit les responsabilités de l'accident en prenant largement son temps. Bon nombre de Mexicains, pour ne pas dire la majorité des automobilistes de ce pays, ne s'embarrassent pas de telles précautions ; ils s'en remettent à la vitesse de leurs jambes pour les éloigner de la scène du drame avant l'arrivée du représentant de la loi. Mais c'est un exemple à ne pas suivre pour les gringos qui, en leur évidente qualité d'étranger, auraient beaucoup plus de mal à se tirer des pattes.

     Photo de droite : déguisement pendant la fête des morts

Pour venir en aide aux touristes en difficulté ou en contravention, l'Office national du Tourisme mexicain a ouvert un bureau de consultations à Mexico ; des juristes y sont à la disposition des étrangers, mais ils parlent surtout l'anglais. Il y a aussi le recours des ambassades, dans la capitale, et des consulats en province.

Enfin, si en dépit de toutes les précautions et des meilleures intentions du monde force vous est de vous frotter à la Loi, pensez au seul Sésame qui ne vous coûte rien et proférez le mot magique de turista. Le turista (touriste) est d'autant plus sacré que le turismo représente pour le Mexique l'une de ses plus grandes sources de revenus.
L'industrie-sans-cheminées, l'industrie non polluante du tourisme — au moins pour ses retombées chimiques — est si bien considérée dans le pays que lorsque un Mexicain vous demande si vous êtes un turista, c'est pour savoir s'il peut vous regarder comme l'hôte désiré et respecté de son pays.

La femme mexicaine

Le Mexique, à bien des égards, est encore le monde des hommes. Il ne faut pas s'y tromper, et ce ne sont pas les piropos, ces compliments flatteurs que les mâles aiment adresser à la gente féminine, qui cacheront la réalité de la condition de la femme mexicaine. Disons-le tout de suite, comparée à celle de son homologue européenne, cette dernière n'est pas toujours des plus enviables. Ne sont pas Frida Kahlo, la compagne emblématique de Diego Rivera, ou Rosario Castellanos, la première femme ambassadeur, qui veulent !

Devant la loi, une égalité mais en réalité craintive

En dépit d'une Constitution qui affirme l'égalité des citoyens devant la loi, d'un Code civil (réformé en 1974) qui, dès la majorité à dix-huit ans, garantit des libertés telles que celle de se marier, de divorcer, de disposer de ses biens et de son salaire, des années-lumière séparent encore les intentions affichées de la réalité vécue par la plupart des Mexicaines. Celles-ci demeurent fondamentalement dans une situation de dépendance et de soumission, en un mot, de non-émancipation, qui surprend le visiteur. Bien sûr, il existe des secrétaires d'État femmes, des députés femmes, des gouverneurs femmes..., bien entendu de plus en plus de femmes embrassent des carrières libérales, travaillent dans le tertiaire des villes (la moitié des emplois féminins) ou vont à l'université, mais tout cela ne constitue encore que des exceptions qui confirment la règle.
Le quotidien de la plupart des Mexicaines demeure fait de misère et de violence. Ce ne sont pas les ouvrières employées dans ces villes-ateliers artificiellement construites à la frontière des États-Unis qui, au-delà des surprenantes apparences de leur émancipation et de leur machisme inversé, feront oublier que la très grande majorité des Mexicaines connaît une vie excessivement dure. La condition de la mexicaine rurale n'est plus à décrire; sachez que la seule confection des traditionnelles tortillas réclame près de quatre heures par jour et qu'elles peuvent parcourir des kilomètres et des kilomètres à pied pour vendre leur artisanat dans les villes.
Mais sa consœur des villes n'est souvent guère mieux lotie, lorsqu'elle appartient à un sous-prolétariat proliférant. Ce ne sont pas les habitantes de Nezahualcoyotl, le plus grand bidonville du monde (entre 2 et 3 millions), ou ces Indiennes, bonnes « à tout faire », surnommées les « Marias », qui l'infirmeront. Or, cette situation résulte essentiellement d'un état d'esprit, d'une mentalité engendrée par l'institution quasi idéologique et typiquement mexicaine qu'est le machisme.

Casa grande et casas chicas

Ce culte voué à la virilité est exacerbé au point d'en faire une vertu, une marque de puissance. Tout homme qui se respecte n'a donc qu'une idée : en faire la preuve le plus « naturellement » du monde, par le nombre de ses enfants ! Il règne au Mexique une incroyable tolérance à l'égard de l'infidélité masculine, au point même que, exemple unique au monde, la législation va jusqu'à reconnaître cette déviance conjugale. À côté du foyer officiel, la casa grande, peuvent bourgeonner en toute liberté une ou deux casas chicas (foyers parallèles)... Compte tenu de la dureté des temps, l'institution tendrait à se raréfier, mais n'oublions pas que le Mexique est pays de traditions ! Ainsi, bonne fille, la loi autorise-t-elle la maîtresse à partager le salaire du macho avec l'épouse légitime. Imaginez, un instant, les discussions autour du gasto, la somme hebdomadaire accordée par le mari à son épouse pour gérer la maison !
Il va de soi que la domination du mâle ne tolère aucune division des tâches domestiques. Le minimum de tenue orale, entretenu par toutes les couches sociales, est l'incontournable éloignement du macho par rapport à ces occupations. L'affligeant spectacle donné, en la matière, par ses homologues « gringos » ne fait que le plonger dans la plus profonde perplexité et déchaîner son ironie, toujours mordante à leur égard.

Une mutation incontestable

La femme mexicaine, si elle ne succombe pas toujours sous les cajoleries, en raison sans doute d'une vieille peur érotique rémanente, est par contre profondément admirée en tant que procréatrice d'un enfant mâle. Elle n'endosse néanmoins cette tunique de mère respectée et sacrée qu'avec l'âge. Tous partagent une commune dévotion pour les enfants. Il faut reconnaître que la condition de la femme a évolué ces dernières années au Mexique. La liberté de décider du nombre de ses enfants lui a été officiellement reconnue, même si elle est atténuée par l'exigence d'un commun accord en cas de contraception. Ce qui expliquerait que plus des deux tiers des Mexicaines sont mères bien avant vingt-cinq ans. Le divorce fait une timide apparition en ville. Deux fois plus de femmes travaillent à Mexico que dans le reste du pays, phénomène remarquable en Amérique latine. Les jeunes Mexicaines, plus libres et instruites que leurs mères, accèdent à des emplois dont celles-ci n'auraient même pas rêvé. La Mexicaine, envers et contre tout, et notamment l'irresponsabilité et la volatilité de son macho de compagnon, reste donc l'indispensable élément stabilisateur et rassembleur du foyer. Et n'en déplaise à la clameur masculine, le matriarcat n'est pas mort.

Une autre caractéristique de la famille - plus pittoresque celle-là - mérite d’être soulignée : la célébration des 15 ans d’une jeune fille. Si la famille est modeste, on se contente d’une petite fête entre amis et parents. Si la famille est aisée, toutes les dépenses sont permises : séjours à l’étranger, croisière, fête dans un hôtel de luxe... Touchant ce rite de passage et d’initiation à la société de consommation ! Faites-leur confiance, ils vous donneraient des leçons.

  Extrait de La Fête des 15 ans
La fête des quinze ans est une forte tradition en Amérique latine, elle est définie comme une cérémonie initiatique, comme un rituel, marquant le changement de la jeune fille, la fin d'une période et le début d'une autre, le passage à la puberté.
La jeune fille se retrouve confrontée à cette étape qui fait d'elle une femme aprés avoir été baptisée et communiée.
Elle rentre dans le monde adulte et jouira des libertés et responsabilités adéquates. Elle pourra à son tour construire sa propre famille et prendre ses propres décisions en tant que personne adulte.
La messe : Dans les familles catholiques, il est de tradition, avant la grande réception et la fête, de célébrer une messe en l'honneur de la vierge Marie, pour permettre à la jeune fille de prendre conscience du pas qu'elle est en train de franchir en devenant une femme. Seuls la famille et les amis proches participent à cette messe.

A Mexico, le samedi soir, il n'est pas rare de voir ces jeunes filles qui célèbrent leurs quinze ans au pied de l'Angel de la Independencia afin de se faire prendre en photo pour immortaliser cette nuit de fête inoubliable.

 

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  • Message déposé le 23/08/2012 - 00:08 par vinzo  0 votes   
    Quelques erreurs: les personnes de Jalisco se disent "tapatios" non "tapaños". Les habitants du distrito federal sont des "defeños", les "chilangos etant des mexicains vivant au DF mais venant d'un autre Etat de la Republique.
  • Message déposé le 06/11/2011 - 05:11 par gil  0 votes   
    Excellent article! Ca fait maintenant deux mois que je vis au Mexique et j'ai fait l'expérience de la plupart des points évoqués sur cette page. Notamment le renseignement quand bien même la personne à qui vous le demandez, ne sait pas. Des fois c'est pas vraiment pratique. On pourrait également rajouter que la confrontation ici ne fonctionne pas. On ne peut pas vraiment parler franchement avec un Mexicain. Il faut toujours le caresser dans le sens du poil. Assez déstabilisant pour un français qui aime les choses claires, efficaces pour enlever tout malentendu. Ici pour obtenir quelque chose il vaut mieux le demander 100 fois à demi-mots et avec des pincettes plutôt que de le demander 'à la française', car sinon la personne en face se bloque et c'est fichu, vous n'en tirerez plus rien. (assez incroyable quand vous le vivez) De façon générale la critique est très mal acceptée et c'est aussi pour ça que le Mexique est un pays qui selon moi ne va pas de l'avant. Ils s'en remettent beaucoup (trop) à Dieu, plutôt que de faire son auto-critique pour mieux avancer. Aucune remise en question. La devise mexicaine pour la fête nationale c'est "Mexico creo en tí' ce qui veut dire, Mexique je crois en toi!. Alors oui ils croient, ils espèrent mais ils ne font pas grand chose. J'écris un blog sur Ixtapa-Zihuatanejo ou je vis actuellement: http://ixtazihua.blogspot.com
  • Message déposé le 04/07/2010 - 06:07 par La Rana Libre  0 votes   
    Bonjour, Je vous invite à découvrir le blog de La Rana Libre, un français au Mexique: www.ranalibre.blogspot.com Actu, musique, art, traditions, tourisme... Venez faire un tour et laissez vos commentaires! A bientot!
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    Apprenez l'espagnol au Mexique