Historiquement parlant, les Mexicains sont une race neuve. Les
Conquistadors,
leurs ancêtres paternels, les engendrèrent de moitié
avec les indigènes de race indienne qui peuplaient cette
partie du monde depuis plusieurs milliers d'années :
Aztèques, Mayas,
Tlaxcalans et autres. Comme leur nom l'indique, les conquérants
avaient tendance à s'emparer de ce qu'ils désiraient
sans considérer les droits du premier occupant, ni les
souhaits des intéressés ; si bien que leurs enfants,
en grandissant, nourrirent souvent envers eux le même degré
d'affection que les mères — c'est-à-dire le
degré zéro. Les Mexicains inventèrent d'ailleurs
un nom pour les découvreurs de la Nouvelle Espagne, comme
on appelait le Mexique au temps de la colonisation.
Ce nom, gachupín, venait
d'un mot aztèque signifiant « l'homme-qui-porte-des-chaussures-avec-des-épines-qui-en-sortent
» ; les Aztèques,
n'ayant jamais vu d'éperons (ni de chevaux) avant l'arrivée
des Espagnols, n'avaient pas de terme pour les désigner.
Par la suite, le cri de guerre « Muerte
a los gachupines ! » (Mort aux gachupines !) rallia
régulièrement leurs descendants lors des sanglantes
luttes menées par les Mexicains pour s'affranchir du joug
espagnol. Los gachupines, en retour, regardaient
comme du bétail leurs rejetons de sang mêlé,
fiers au dernier point du pur sang castillan qui coulait dans
leurs veines et qui, assurément n'était pas plus
pur qu'un autre sang d'Europe, passé, présent ou
à venir. Les humiliations répétées,
incessantes, qui découlaient de ces relations de supérieur
à inférieur, l'institution du péonage, et
son renforcement dans tout le pays par les grands propriétaires
fonciers espagnols, mille autres circonstances rappelant aux Mexicains
que sur leur propre sol, ils n'étaient qu'un degré
au-dessus des esclaves indiens, écrasaient tout l'orgueil
de race qu'ils pouvaient avoir entretenu.
Mais le même Mexicain, quand il parvenait à se tirer
hors du bourbier de la misère et de l'ignorance où
tant d'autres métis croupissaient pour toujours, se targuait
tout le premier de la pureté castillane de ses ancêtres,
en mettant sur le compte du soleil des tropiques la sombre couleur
de sa peau. Il n'allait pas jusqu'à se prétendre
gachupín : pour en être un il fallait, par définition,
être né en Espagne. Il dut se contenter de devenir
criollo, un créole, c'est-à-dire
un individu de « pure » race espagnole, natif de la
Nouvelle Espagne,
dignité du haut de laquelle il lui était alors loisible,
à son tour, de mépriser la race inférieure
des sang-mêlé, ou mestizos
(métis), et à plus forte raison les Indiens dont
il était le descendant.
Tout cela a évidemment bien changé. Non qu'il n'y
ait plus de différences de caste, au Mexique
; le gachupinismo existe toujours,
mais il n'a plus le même caractère, il se manifeste
par l'orgueil du nom, de la famille, de l'héritage. Chacun,
un peu, porte en lui cette tendance, cela semble normal et raisonnable.
Mais les valeurs auxquelles les Mexicains attachent du prix, celles
qui font leur orgueil sont des valeurs mexicaines enracinées
dans le sol natal et ne sont plus importées d'Espagne.
Parlez à un Mexicain de son sang
" puro castellano", et vous l'entendrez riposter
sur la pureté de votre sang à vous. Avec les générations,
d'ailleurs, d'autres sangs d'Europe, d'Afrique ou d'Asie se sont
mis à couler dans ses veines. Le résultat, c'est
le « puro mexicano »,
une race aussi pure qu'une autre — qui n'englobe pas les
quelques millions d'Indiens vivant dans les territoires du sud
et du sud-est de la république mexicaine. La forêt
est si dense, dans ces confins, qu'une jeune indienne d'il y a
quatre siècles et demi pouvait y échapper aux entreprises
des soi-disant conquistadors. Aussi ces indigènes
ne se considèrent-ils pas comme des « mexicanos
», au sens national du terme. Ils restent Chamulas,
Zoques, Huaves, Totonaques, Huastecas. Ils parlent leur langue,
s'occupent de leurs affaires, se marient entre eux et ne se frottent
guère aux autres Mexicains. Le Mexique
est fier de ses Indiens et de leur apport culturel mais ne les
soutient pas d’où la révolution
des Zapatistes en 1994.
A certaines façons de s'exprimer, vous pourriez
croire quelquefois le Mexicain bien prompt à renier sa nationalité
; en réalité, c'est qu'il traduit autrement son sentiment
d'appartenance nationale. Si vous demandez :
« Etes-vous Mexicain ? » à un citoyen de Veracruz,
il répondra neuf fois sur dix : « Non, je suis jarocho
» ; et si vous semblez dérouté par cet idiotisme,
il vous expliquera qu'il est veracruzano.
De même, un Mexicain natif de Guadalajara
se dira tapaño, ou quelquefois
jalicense — de l'Etat de Jalisco.
Un natif de Jalapa sera un jalapeño,
sa femme une jalapeña, et ainsi
de suite. En fait, si les gens du pays font toutes ces distinctions,
c'est parce que l'adjectif mexicano
permet une confusion entre l'habitant de la ville de Mexico
(que l'on écrit Mexico D.F, pour distrito
federal), et celui du Mexique. Les habitants
de l’Etat de Mexico
dont la capitale est Toluca
sont des mexiquenses, ceux de Mexico
D.F. sont des chilangos. Afficher la sélection de photos sur les "chilangos"
Le
Mexicain tel qu'il se comporte
C'est un homme qui n'est pas pressé de
frayer avec le premier étranger qui se présente, à
plus forte raison de l'introduire dans son intérieur domestique.
Même quand il s'est lié d'amitié au point de
tutoyer son interlocuteur, même quand il sort avec l'étranger,
boit avec lui, dîne avec lui, cela ne signifie encore pas
qu'il lui ait présenté sa femme, ni qu'il l'ait autorisé
à franchir le seuil de sa maison. Les invitations à
dîner chez soi ne font tout simplement pas partie des relations
ordinaires. Hors de son foyer et de sa vie privée, qui sont
choses sacrées à ne pas partager, le Mexicain se montrera
le meilleur compagnon du monde; courtois, généreux,
et fier de faire les honneurs de son pays. Ce comportement est en
train d’évoluer et la tendance est moins stricte quant
à la séparation entre la famille et les amis.
Quoi qu'il en soit, envers le touriste étranger comme envers
ses amis et compatriotes, l'attitude moyenne du Mexicain est empreinte
d'une grande probité, car étant lui-même d'un
naturel sans complications, il lui est plus simple d'être
franc et honnête que retors et dissimulé. Il faut que
la faim le pousse pour qu'il se laisse aller au chapardage. Autrement,
c'est un homme qui travaille dur pour rapporter le pain quotidien
à sa nombreuse nichée.
Rien de plus faux, en effet, que l'image stéréotypée
du peón mexicain paresseusement
assoupi au soleil devant sa mauvaise cabane, le sombrero sur les
yeux. Rien de plus éloigné de la réalité.
L'ouvrier, le paysan du Mexique trime tant qu'il
peut du matin au soir. Bien obligé, pour survivre. Le salaire
moyen, bien que plus élevé qu’il ne l’ait
jamais été, et grimpant allègrement d'année
en année, fait encore piètre figure à côté
des nôtres. En vérité, le peuple mexicain est
l'un des plus durs à la peine qu'on puisse trouver dans le
monde.
L'heure
de la sieste
Ce qui ne l'empêche pas de sacrifier tous
les jours au rite sacro-saint de la siesta,
tout de suite après le repas de midi. Une habitude que vous
aurez tôt fait d'adopter à votre tour, quand vous aurez
constaté que la grande majorité des bureaux et des
magasins ferment pour quelques heures, entre une et trois heures
de l'après-midi. Il faut dire que pour le gros des travailleurs,
le réveil, la cloche ou la sirène de l'usine ont sonné
à cinq heures et demie du matin (hiver comme été),
la journée de travail, dans les villes, ne se terminant pas
avant sept heures du soir. A la campagne, on fait en général
sauter la sieste pour profiter de la lumière du jour, et
l'on est aux champs du lever au coucher du soleil. Horaire qui cadre
mal, on le voit, avec l'image du peón
béat, mais qui explique, en revanche, que le taux de croissance
annuel du produit national brut soit, au Mexique,
l'un des plus élevés du monde. Il y faut dépenser
de la sueur, dans un pays plus riche en main-d'œuvre qu'en
investissements, et qui a moins de terres arables qu'il ne devrait
en cultiver pour nourrir sa population.
Dans la capitale, cependant, l'institution de la siesta n'est pratiquement
plus respectée. Il y a trop de bruits, trop d'agitations
dans la capitale. Magasins et bureaux n'en ferment pas moins au
milieu du jour, mais les employés ne peuvent pas rentrer
chez eux pour la comida à cause
du trafic intense et de la taille de la capitale. Si vous avez des
rendez-vous à prendre, placez-les en fin de matinée
ou tard dans l'après-midi. Les fonctionnaires du gouvernement,
les patrons, les professions libérales ne se lèvent
pas aussi tôt le matin que les ouvriers des usines ou les
paysans (paisanos) des campagnes ;
ils arrivent rarement sur le lieu de leurs occupations avant dix
heures du matin, et l'après-midi, ils ne se pressent pas
d'y retourner sitôt qu'un subalterne a rouvert les portes.
Politesse
mexicaine
Le Mexicain moyen a tellement à cœur
de paraître attentionné, il est si soucieux d'aider
le visiteur étranger à ne pas se sentir abandonné
qu'il vous donnera ce qu'il pense que vous avez envie d'entendre,
c'est-à-dire une réponse, sans s'occuper de la véracité
de son renseignement. Ce n'est pas, chez lui, malin plaisir de vous
tromper, mais pure gentillesse. Il s'arrêtera toujours pour
vous indiquer poliment votre chemin, même s'il ne sait pas
lui-même de quel côté se trouve la destination
ou le lieu que vous avez demandé. Vous dire qu'il l'ignore
lui semblerait grossier. Il préfère dans tous les
cas vous montrer n'importe quelle direction, sur quoi il reçoit
vos remerciements, et les accepte, avec la distinction du parfait
gentleman qu'il est, foncièrement.
De même, sachez apprécier la gentillesse des plombiers,
des électriciens, des serruriers, du réparateur que
l'on appelle à l'aide pour une fuite quelque part. Vous aimeriez
le voir à l'action mañana,
dès huit heures ? Si, señor,
con todo gusto, mañana por la mañana a las ocho.
Il pense ce qu'il dit, le brave homme. L'ennui, c'est que ce mañana
n'a pas le même sens pour lui et pour vous. Dans votre idée,
il s'agit de demain, n'est-ce pas ? Le jour d'après aujourd'hui.
Le prochain cycle solaire. Pour lui, cela signifie d'abord : pas
ce soir ; plus tard que ce soir, demain, après-demain, la
semaine prochaine, l'an prochain. Bien entendu, il a raison et vous
avez tort. Il est chez lui, il est le maître des mots qu'il
emploie. Tâchez d'en pénétrer le sens, si vous
ne voulez pas devenir enragé.
Le conseil vaut pour les rendez-vous, les promesses, les invitations
orales et les expressions toutes faites du genre « Ma maison
est la vôtre ». C'est une pure politesse. Cela n'a pas
plus de signification réelle que notre « Comment allez-vous
? », « ravi de vous rencontrer ». La plupart du
temps, nous nous moquons de savoir comment va ce quidam, et nous
serions bien ennuyés s'il s'arrêtait pour nous raconter
sa vie. Quand un Mexicain vous dit que sa maison est la vôtre,
tenez pour entendu qu'il ne vous y a pas invité.
Certains prétendent qu'il s'agit là d'un héritage
de la chevalerie espagnole. Rien ne le prouve, bien au contraire.
Des mœurs chevaleresques des conquérants, Indiens et
mestizos ne connurent que le fouet,
le fusil, le pillage et le bûcher. Les manières policées
du Mexicain sont bien à lui, enracinées dans la même
terre que lui, et si l'on allègue que cette politesse est
de façade, et qu'il y a loin de la courtoisie à la
cordialité, on aura raison, mais on en dirait autant pour
tous les peuples de la terre. Si
l'on prend cette politesse pour ce qu'elle est, on n'aura rien à
reprocher au Mexicain qui donne rendez-vous à son bureau
pour cinq heures précises, ni à celui qui promet telle
livraison pour midi con seguridad,
ni à celui qui vous dit le maître de sa demeure. Rien
de tout cela ne doit être pris à la lettre ; le touriste
français, grand consommateur chez lui de la locution «
en principe », qui lui permet de promettre sans être
obligé de tenir, n'a qu'à l'appliquer « in
petto » à tous les discours de ses interlocuteurs
mexicains.
Photo de gauche : cireurs de chaussures
De ses ancêtres indiens, autant que des fiers
hidalgos qui lui donnèrent
de leur sang, le Mexicain a hérité un air de dignité
qui frappe encore davantage quand elle se manifeste dans le moins
digne des décors, dans ces faubourgs pouilleux où
affluent les pauvres gens des campagnes, attirés en ville
par les promesses de l'expansion industrielle. Impressionnante,
aussi, la dignité des femmes ; l'homme, ivre-mort, ronfle
sur le bord du chemin, veillé par sa compagne. Elle est accroupie
près de lui, un marmot sur les bras, la plupart du temps,
qu'elle berce en chassant les mouches du visage suant de son mari.
Avec toute la patience du monde, elle attend qu'il revienne à
lui pour le traîner chez eux ; avec son bébé
et son barda. Les campesinos se saoulent
surtout le samedi soir, à l'occasion d'une grande sortie
en ville. C'est pour eux la seule manière d'échapper
un moment à la sombre réalité d'une existence
ingrate ; tant que vous n'aurez pas gardé un troupeau de
chèvres puantes de l'aurore à la nuit sept jours sur
sept et deux mois de suite, amigo,
vous ne pourrez savoir ce que c'est que l'aridité de cette
existence. Mais ce n'est pas souvent qu'un homme oublie ainsi ses
responsabilités envers sa famille, ses chèvres et
le monde ; le reste du temps, il peut vous regarder d'un œil
fier.
Même les mendiants ont leur dignité, au Mexique,
au moins pour la plupart. Ils ne geignent pas, ils ne pleurnichent
pas, et ceux qui le font ne sont pas vraiment des mendiants, mais
des professionnels de l'exploitation des touristes. L'authentique
mendiant mexicain sait que vous savez qu'il apprécierait
une pièce. Quand vous la donnez, il répond «
gracias ». Pas un mot de plus.
Ou alors il ajoute : « Dios le pagara
». Dieu vous le rendra. Ce qui ressemble tellement à
une bénédiction que vous vous croyez obligé
de répondre : « Merci ».
La
politique du mâle
L'étude
du comportement du mâle, au Mexique, commence
par le maniement du mot macho, que
vous aurez souvent l'occasion d'entendre. Un mot qui ne signifie
rien de plus, au départ, que viril, sexuellement vigoureux,
puissant au sens où on l'entend pour le bélier ou
le taureau. Un homme qui a engendré des enfants est macho.
Mais un homme sans enfant peut être tout aussi macho
que le paterfamilias, car le concept de machismo
n'est pas restreint à la seule capacité reproductive.
Le terme de macho implique —
en plus de la virilité — toutes les qualités
du mâle : le courage, la confiance en soi, la force de se
soutenir seul contre tous, l'amour-propre, avec une pointe de forfanterie
pour compléter le portrait. Le machismo
en action, vous pourrez le voir à toute heure du jour sur
le Paseo de la Reforma,
à Mexico, quand deux chauffeurs de taxi s'amusent à
se dépasser dans le flot roulant du trafic. Ni l'un ni l'autre
n'ont rien à gagner dans la lutte, et cette course-poursuite
a de quoi faire dresser les cheveux aux malheureux gringos
qui se trouvent à bord des deux voitures. Mais machismo
oblige : c'est à celui qui prendra le plus de risques au
péril de sa vie, sans parler de celle des passagers et des
piétons innocents, et le vainqueur pavoisera, même
s'il lui en coûte une aile ou un pare-choc.
Photo de
droite : sombreros du Mexique
Le machismo se manifeste par d'autres
voies moins physiquement dangereuses. Pour un Mexicain invité
à dîner au restaurant, il est macho
de vous enlever l'addition des mains, même s'il sait qu'elle
est au-dessus de ses moyens. S'il réussit son coup, il a
fait preuve de machismo. Démonstration
non pas voulue et préparée, mais parfaitement spontanée
: simple réflexe du Mexicain qui ne peut s'empêcher
de se prouver qu'il est un homme.
Le
Mexicain et la politique
Bien que le Mexique ait vaillamment
lutté pour mériter le titre de démocratie,
il n'en reste pas moins la démocratie d'un parti unique jusqu’à
la fin des années 1980. Le Parti Révolutionnaire
Institutionnel “gouvernait » seul le pays pendant
70 ans. Parti-Etat, le PRI a progressivement intégré
toutes les familles sociales du pays, des syndicats paysans aux
organisations ouvrières. Tout le corps social est fondu en
une infinité de clans qui forme le parti-Etat qui gouverne
sans partage l’activité humaine et les 31 Etats de
cette fédération et de son District Fédéral,
où se tient la capitale, Mexico. L’opposition, depuis
des lustres, est une fiction à peine tolérée.
Cependant, depuis 1987, sous l’action de l’ex gouverneur
du Michoacán, Cuauhtémoc Cárdenas, fils du
“De Gaulle” Mexicain, Lázaro
Cárdenas, un courant démocratique regroupant partis
de gauche et d’extrême-gauche, ou démocrates
dissidents du PRI,
s’est fondu en parti. Cette formation qui présentait
M. Cárdenas aux élections de 1988, fut à deux
doigts de rompre le pouvoir incontesté du PRI en battant
son candidat Salinas de Gortari. Les rumeurs de fraudes électorales
ont terni l’image d’un parti, qui a perdu sa représentativité
face au parti montant « le parti d’action nationale
» le PAN,
parti de droite dont le candidat V. Fox a remporté les élections
de 2000. Son élection met fin à plus de 70 ans de
« politique révolutionnaire » et témoigne
de la lassitude de la population face à la corruption et
à l’impunité du PRI. Cette tendance s’est
accrue aux dernières élections de Juillet 2006 puisque
le PAN a été
réélu au pouvoir, le PRI se trouvant pour la première
fois en troisième position après le PRD.
Toujours aux termes de la Constitution, aucun des membres du gouvernement,
depuis le président de la République jusqu'au plus
petit personnage public ne peut rester en fonctions au-delà
des six années que représente le mandat présidentiel.
Mais le P.R.I.
détient le pouvoir depuis si longtemps, il est si solidement
appuyé, et si continûment, par les syndicats mexicains
et autres bataillons électoraux que le détenteur de
la magistrature suprême peut sans difficulté céder
la place à son successeur en même temps que son programme
politique et social, de manière à ce que la ligne
du gouvernement ne soit jamais remise en cause. Et sans doute, cette
continuité ne nuit-elle pas à la prospérité
du pays, ou plus exactement à sa marche vers un avenir prometteur.
Qu'est-ce
qu'un « gringo » ?
Le moment
nous semble venu de préciser la signification de ce terme,
qui tient une place particulière dans le vocabulaire mexicain.
Terme intraduisible, naturellement. Le gringo
était autrefois, pour les Mexicains, un peu ce qu'était
le yankee, l'Américain du Nord,
pour les Américains du Sud après la guerre de Sécession.
Mais de nos jours, c'est tout simplement une façon commode
de désigner les gens vivant au nord du Rio Grande —
qui, soit dit en passant, s'appelle Rio Bravo sur les cartes mexicaines.
Le terme a donc perdu son sens fort, son sens de provocation. N'empêche
que les Mexicains de la vieille génération ne l'utilisent
pas lorsque des oreilles gringo pourraient
l'entendre et, dans leur idée, s'en offenser. Ils n'ont pas
oublié ce que gringo voulait
dire, et leur native courtoisie les retient au bord de l'éventuelle
injure. Chez les mexicanos de la jeune
génération, comme d'ailleurs chez les nombreux gringos
vivant au Mexique, le mot est d'usage constant
et parfaitement inoffensif.
A l'intérieur d'une même couche sociale, gringo
et gringa, le genre féminin,
sonnent avec la même nuance de cordiale amitié que
chez nous le « mon vieux » dont on use entre familiers.
A l'origine, du reste, le terme n'avait rien que de rationnel et
que d'honorable, puisqu'il dérive du griego
espagnol qui signifie « grec ».
Au fur et à mesure que sur le plan social et économique,
les classes moyennes se rapprochent du niveau de vie moyen des nord-américains,
les Américains jouissent au Mexique d'une
considération croissante. On commence même à
plaindre ses grands voisins qui ont tant de soucis chez eux avec
le racisme, la misère, la drogue, l'alcool, la pollution
et la révolte de leur jeunesse.
Ce sont des maux et des problèmes qui ne sont pas absents
du paysage social mexicain, mais l'on pense ici, non sans optimisme,
que leur solution va de soi dans une économie en expansion,
encadrée par une politique éclairée. Le gouvernement,
estime-t-on dans l'ensemble, travaille maintenant pour le peuple.
Le grand public tire beaucoup d'orgueil de la stabilité du
peso dans le monde, certes basé sur le dollar américain.
Il y voit, de la part du marché mondial, un signe de confiance
dans l'économie du Mexique.
On trouve également d’autres définitions du
« gringo » : à l’époque de la guerre
entre le Mexique et les Etats Unis de 1846-1848,
en référence à l’uniforme vert des soldats
américains, on utilisait le terme « green go home !
» ; à la même époque, cette appellation
fait référence à une chanson de l’armée
américaine : « Green grow the rushes, O ».
Comprenez-vous
les uns les autres
Ne serait-ce que pour la facilité du séjour,
il est toujours bon de connaître la langue du pays que l'on
visite. On en tire sur d'autres plans de tels avantages, à
commencer par une meilleure compréhension des mœurs
et des coutumes, que l'effort consacré à quelques
leçons ne nous semble pas inutile. Quand on pense qu'il y
a des étrangers qui vivent au Mexique depuis
des années, et qui ne savent pas encore comment nommer le
garçon qui les sert au restaurant, on se dit qu'ils méritent
bien d'être appelés gringos
au sens le plus fort du terme !
Ainsi des nombreux autres gringos
de passage qui ne fréquentent que les hôtels, les bars,
les restaurants, les boîtes et autres établissements
où ils n'entendent et ne parlent que leur langue à
eux ; outre que dans de tels endroits, ils boivent et mangent comme
ils le feraient chez eux, à des prix calculés pour
la riche clientèle internationale, surtout américaine.
Les meilleures conditions, en somme, pour ne rien connaître
du Mexique ni des Mexicains, l'approche d'un pays
et de ses habitants ne pouvant se faire qu'en se mêlant au
courant de la vie quotidienne, autant que possible par le truchement
de la langue locale. Et dans une optique plus sordidement réaliste,
il n'est pas douteux que le touriste parlant l'espagnol, et donc
capable de comparer et de discuter le prix des choses réalisera,
de ce fait, de non négligeables économies.
L'hispano-mexicain
Parlant l'espagnol, avons-nous écrit. Le
terme n'est pas tout à fait juste. S'agissant de la langue
de ce pays, mieux vaudrait dire le « mexicain ». L'espagnol
du Mexique, en effet, n'est pas identique à
l'espagnol de la Péninsule ibérique. Un peu comme
le français canadien par rapport au français de l'hexagone.
Le vocabulaire, le sens et l'utilisation des mots, la prononciation
ne sont pas les mêmes.
Quelques notions des lois en vigueur au Mexique
seraient également de quelque profit pour le gringo
visitant le pays, bien qu'il soit généralement fort
peu disposé à prendre cette peine autrement que par
nécessité absolue, c'est-à-dire de la façon
la moins plaisante. L'hôte d'un hôtel mexicain sera
souvent choqué, troublé, désagréablement
surpris de constater qu'il est du même coup l'hôte de
la policía mexicaine, sans
très bien comprendre comment ni pourquoi la chose s'est produite.
En fait, le visiteur français sera le moins dépaysé
de tous puisque le système que les Mexicains ont hérité
des Espagnols au temps de la colonisation est basé sur le
Code Napoléon, lequel vous décrète coupable
tant que vous n'avez pas prouvé votre innocence, contrairement
aux dispositions des législations anglo-saxonnes.
Ce qu'il faut en tout cas garder à l'esprit concernant les
lois mexicaines, quand on conduit sa propre voiture ou une voiture
de location, c'est qu'une assurance aux tiers, bien que nullement
obligatoire, peut épargner au conducteur quelques heures
moroses dans un poste de village rien moins qu'accueillant, pendant
que le juge de la localité établit les responsabilités
de l'accident en prenant largement son temps. Bon nombre de Mexicains,
pour ne pas dire la majorité des automobilistes de ce pays,
ne s'embarrassent pas de telles précautions ; ils s'en remettent
à la vitesse de leurs jambes pour les éloigner de
la scène du drame avant l'arrivée du représentant
de la loi. Mais c'est un exemple à ne pas suivre pour les
gringos qui, en leur évidente
qualité d'étranger, auraient beaucoup plus de mal
à se tirer des pattes.
Photo de
droite : déguisement pendant la fête des morts
Enfin, si en dépit de toutes les précautions et des
meilleures intentions du monde force vous est de vous frotter à
la Loi, pensez au seul Sésame qui ne vous coûte rien
et proférez le mot magique de turista.
Le turista
(touriste) est d'autant plus sacré que le turismo
représente pour le Mexique l'une de ses
plus grandes sources de revenus.
L'industrie-sans-cheminées, l'industrie non polluante du
tourisme — au moins pour ses retombées chimiques —
est si bien considérée dans le pays que lorsque un
Mexicain vous demande si vous êtes un turista,
c'est pour savoir s'il peut vous regarder comme l'hôte désiré
et respecté de son pays.
La
femme mexicaine
Le Mexique,
à bien des égards, est encore le monde des hommes.
Il ne faut pas s'y tromper, et ce ne sont pas les piropos, ces compliments
flatteurs que les mâles aiment adresser à la gente
féminine, qui cacheront la réalité de la condition
de la femme mexicaine. Disons-le tout de suite, comparée
à celle de son homologue européenne, cette dernière
n'est pas toujours des plus enviables. Ne sont pas Frida
Kahlo, la compagne emblématique de Diego
Rivera, ou Rosario Castellanos, la première femme ambassadeur,
qui veulent !
Devant la loi, une égalité
mais en réalité craintive
En dépit d'une Constitution qui affirme
l'égalité des citoyens devant la loi, d'un Code civil
(réformé en 1974) qui, dès la majorité
à dix-huit ans, garantit des libertés telles que celle
de se marier, de divorcer, de disposer de ses biens et de son salaire,
des années-lumière séparent encore les intentions
affichées de la réalité vécue par la
plupart des Mexicaines. Celles-ci demeurent fondamentalement dans
une situation de dépendance et de soumission, en un mot,
de non-émancipation, qui surprend le visiteur. Bien sûr,
il existe des secrétaires d'État femmes, des députés
femmes, des gouverneurs femmes..., bien entendu de plus en plus
de femmes embrassent des carrières libérales, travaillent
dans le tertiaire des villes (la moitié des emplois féminins)
ou vont à l'université, mais tout cela ne constitue
encore que des exceptions qui confirment la règle.
Le quotidien de la plupart des Mexicaines demeure fait de misère
et de violence. Ce ne sont pas les ouvrières employées
dans ces villes-ateliers artificiellement construites à la
frontière des États-Unis qui, au-delà des surprenantes
apparences de leur émancipation et de leur machisme inversé,
feront oublier que la très grande majorité des Mexicaines
connaît une vie excessivement dure. La condition de la mexicaine
rurale n'est plus à décrire; sachez que la seule confection
des traditionnelles tortillas réclame
près de quatre heures par jour et qu'elles peuvent parcourir
des kilomètres et des kilomètres à pied pour
vendre leur artisanat dans les villes.
Mais sa consœur des villes n'est souvent guère mieux
lotie, lorsqu'elle appartient à un sous-prolétariat
proliférant. Ce ne sont pas les habitantes de Nezahualcoyotl,
le plus grand bidonville du monde (entre 2 et 3 millions), ou ces
Indiennes, bonnes « à tout faire », surnommées
les « Marias », qui l'infirmeront.
Or, cette situation résulte essentiellement d'un état
d'esprit, d'une mentalité engendrée par l'institution
quasi idéologique et typiquement mexicaine qu'est le machisme.
Casa grande et casas chicas
Ce culte voué à la virilité
est exacerbé au point d'en faire une vertu, une marque de
puissance. Tout homme qui se respecte n'a donc qu'une idée
: en faire la preuve le plus « naturellement » du monde,
par le nombre de ses enfants ! Il règne au Mexique
une incroyable tolérance à l'égard de l'infidélité
masculine, au point même que, exemple unique au monde, la
législation va jusqu'à reconnaître cette déviance
conjugale. À côté du foyer officiel, la casa
grande, peuvent bourgeonner en toute liberté une ou
deux casas chicas (foyers parallèles)...
Compte tenu de la dureté des temps, l'institution tendrait
à se raréfier, mais n'oublions pas que le Mexique
est pays de traditions ! Ainsi, bonne fille, la loi autorise-t-elle
la maîtresse à partager le salaire du macho
avec l'épouse légitime. Imaginez, un instant, les
discussions autour du gasto, la somme
hebdomadaire accordée par le mari à son épouse
pour gérer la maison !
Il va de soi que la domination du mâle ne tolère aucune
division des tâches domestiques. Le minimum de tenue orale,
entretenu par toutes les couches sociales, est l'incontournable
éloignement du macho par rapport
à ces occupations. L'affligeant spectacle donné, en
la matière, par ses homologues « gringos
» ne fait que le plonger dans la plus profonde perplexité
et déchaîner son ironie, toujours mordante à
leur égard.
Une mutation incontestable
La femme mexicaine, si elle ne succombe pas toujours
sous les cajoleries, en raison sans doute d'une vieille peur érotique
rémanente, est par contre profondément admirée
en tant que procréatrice d'un enfant mâle. Elle n'endosse
néanmoins cette tunique de mère respectée et
sacrée qu'avec l'âge. Tous partagent une commune dévotion
pour les enfants. Il faut reconnaître que la condition de
la femme a évolué ces dernières années
au Mexique. La liberté de décider
du nombre de ses enfants lui a été officiellement
reconnue, même si elle est atténuée par l'exigence
d'un commun accord en cas de contraception. Ce qui expliquerait
que plus des deux tiers des Mexicaines sont mères bien avant
vingt-cinq ans. Le divorce fait une timide apparition en ville.
Deux fois plus de femmes travaillent à Mexico que dans le
reste du pays, phénomène remarquable en Amérique
latine. Les jeunes Mexicaines, plus libres et instruites que leurs
mères, accèdent à des emplois dont celles-ci
n'auraient même pas rêvé. La Mexicaine, envers
et contre tout, et notamment l'irresponsabilité et la volatilité
de son macho de compagnon, reste donc
l'indispensable élément stabilisateur et rassembleur
du foyer. Et n'en déplaise à la clameur masculine,
le matriarcat n'est pas mort.
Une autre caractéristique de la famille - plus pittoresque
celle-là - mérite d’être soulignée
: la célébration des 15 ans d’une jeune fille.
Si la famille est modeste, on se contente d’une petite fête
entre amis et parents. Si la famille est aisée, toutes les
dépenses sont permises : séjours à l’étranger,
croisière, fête dans un hôtel de luxe... Touchant
ce rite de passage et d’initiation à la société
de consommation ! Faites-leur confiance, ils vous donneraient des
leçons.
Extrait de La Fête des
15 ans
La fête des quinze ans est une forte tradition en Amérique
latine, elle est définie comme une cérémonie
initiatique, comme un rituel, marquant le changement de la jeune
fille, la fin d'une période et le début d'une
autre, le passage à la puberté.
La jeune fille se retrouve confrontée à cette
étape qui fait d'elle une femme aprés avoir été
baptisée et communiée.
Elle rentre dans le monde adulte et jouira des libertés
et responsabilités adéquates. Elle pourra à
son tour construire sa propre famille et prendre ses propres
décisions en tant que personne adulte.
La messe : Dans les familles catholiques, il est de tradition,
avant la grande réception et la fête, de célébrer
une messe en l'honneur de la vierge Marie, pour permettre à
la jeune fille de prendre conscience du pas qu'elle est en train
de franchir en devenant une femme. Seuls la famille et les amis
proches participent à cette messe. Plus d'infos: http://anawak.ifrance.com
A Mexico, le samedi soir, il n'est pas rare de voir ces jeunes filles qui célèbrent leurs quinze ans au pied de l'Angel de la Independencia afin de se faire prendre en photo pour immortaliser cette nuit de fête inoubliable.
Your comments about the content of this page
posted on 06/11/2011 - 05:11 by gil
Excellent article!
Ca fait maintenant deux mois que je vis au Mexique et j'ai fait l'expérience de la plupart des points évoqués sur cette page. Notamment le renseignement quand bien même la personne à qui vous le demandez, ne sait pas. Des fois c'est pas vraiment pratique.
On pourrait également rajouter que la confrontation ici ne fonctionne pas. On ne peut pas vraiment parler franchement avec un Mexicain. Il faut toujours le caresser dans le sens du poil. Assez déstabilisant pour un français qui aime les choses claires, efficaces pour enlever tout malentendu.
Ici pour obtenir quelque chose il vaut mieux le demander 100 fois à demi-mots et avec des pincettes plutôt que de le demander 'à la française', car sinon la personne en face se bloque et c'est fichu, vous n'en tirerez plus rien. (assez incroyable quand vous le vivez)
De façon générale la critique est très mal acceptée et c'est aussi pour ça que le Mexique est un pays qui selon moi ne va pas de l'avant.
Ils s'en remettent beaucoup (trop) à Dieu, plutôt que de faire son auto-critique pour mieux avancer. Aucune remise en question.
La devise mexicaine pour la fête nationale c'est "Mexico creo en tí' ce qui veut dire, Mexique je crois en toi!. Alors oui ils croient, ils espèrent mais ils ne font pas grand chose.
J'écris un blog sur Ixtapa-Zihuatanejo ou je vis actuellement: http://ixtazihua.blogspot.com
posted on 04/07/2010 - 06:07 by La Rana Libre
Bonjour,
Je vous invite à découvrir le blog de La Rana Libre, un français au Mexique:
www.ranalibre.blogspot.com
Actu, musique, art, traditions, tourisme...
Venez faire un tour et laissez vos commentaires!
A bientot!