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Images de science : découvrez le requin-aigle


Le format « Images de science » vous propose de décrypter une photographie particulièrement signifiante d’un point de vue scientifique, de la décrire et d’en comprendre les enjeux.


Cette photographie représente l’unique fossile connu d’un groupe de requins tout nouvellement découvert : les requins-aigles, ou aquilolamnidés. Ce spécimen complet provient d’une carrière de Vallecillo, dans le nord-est du Mexique, et se trouve préservé dans une couche de calcaire laminé, aux côtés d’autres organismes disparus. Parmi eux, une espèce d’ammonite permet de donner une datation précise. Ce niveau fossilifère est ainsi daté de la base de l’étage turonien (Crétacé supérieur), soit il y a environ 93 millions d’années. À cette époque, le niveau global de la mer était bien plus élevé qu’actuellement, et le golfe du Mexique s’étendait largement plus à l’ouest. Le gisement de Vallecillo offre donc un aperçu sur un écosystème océanique ancien, dont la faune était constituée de mollusques, poissons et reptiles marins.

Ce spécimen fossile est extraordinaire à plus d’un titre. Tout d’abord, les squelettes de requins ne se fossilisent que très rarement, du fait de leur nature cartilagineuse. Contrairement à l’os, le cartilage n’est pas minéralisé et se dégrade donc plus facilement. Notre connaissance de l’histoire évolutive des élasmobranches (requins et raies) et de leur diversité passée est de ce fait grandement basée sur l’étude des dents isolées, souvent présentes en abondance dans les gisements paléontologiques.

En parallèle, tout nouveau fossile de squelette complet préservé grâce à des conditions exceptionnelles apporte son lot d’informations précieuses sur la morphologie générale des espèces disparues. Notre spécimen mexicain en est un parfait exemple, car il dévoile une adaptation anatomique inattendue, jusque-là jamais décrite.

Illustration de ce à quoi aurait pu ressembler le requin-aigle.
Oscar Sanisidro, Author provided

Le nouveau requin, baptisé Aquilolamna milarcae, se dénote d’emblée des formes actuelles et fossiles par ses proportions uniques. En effet, l’envergure de ses nageoires pectorales effilées est plus grande que la longueur totale de l’animal. Cette caractéristique, inconnue chez les requins, se retrouve en revanche chez certaines raies, comme les diables de mer (comprenant notamment les raies mantas). D’autres particularités anatomiques (tête et gueule larges, dents supposées très petite taille, asymétrie de la nageoire caudale) présentes chez Aquilolamna milarcae laissent à penser que cette espèce avait une nage relativement lente et se nourrissait de plancton.

Les points communs, aussi bien morphologiques qu’écologiques, relevés entre requins-aigles et diables de mer illustrent le phénomène de convergence évolutive. En effet, ces deux groupes semblent avoir acquis de manière indépendante une ressemblance superficielle liée à des modes de vie similaires. La disparition des aquilolamnidés à la fin du Crétacé (il y a environ 66 millions d’années) aurait ainsi laissé place à l’émergence d’une autre famille d’élasmobranches planctonophages « ailés », sans lien direct de parenté.



Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons.

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